À David Pujadas qui lui rappelait la fermeté des positions de la droite de 1990 sur l’immigration et l’islam, Alain Juppé, visiblement dérangé, a préféré renier ses engagements passés. « Rétrospectivement, je pense que c’était une erreur... » Cette déclaration est lourde à bien des égards. Pourquoi dire « rétrospectivement » ? Nous comprendrions qu’il le dise si, entre 1990 et aujourd’hui, l’immigration qu’il voulait combattre avait en fait démontré toute sa positivité – expliquant que maintenant que nous le savons, nous pouvons dire que « rétrospectivement » c’était une erreur de vouloir lutter contre elle. Alain Juppé estime-t-il que l’immigration a démontré toute sa positivité ?

On nous rebat également les oreilles sur la « tentation xénophobe » des Français, analyse que viendraient confirmer le succès du dernier livre de Zemmour et les scores spectaculaires du Front national. L’extraordinaire succès de la Manif pour tous, qui confirme l’existence d’un « peuple de droite » qui aspire à redonner du sens à certaines valeurs, devrait également convaincre un responsable politique de droite d’ancrer son discours sur ce terrain prometteur, non seulement parce que c’est bénéfique électoralement, mais aussi parce qu’enfin la gauche pourrait voir son influence sur les consciences réduite – ce qui devrait être un objectif d’homme de droite. Au lieu de cela, Juppé lorgne sur sa gauche, préconise un rapprochement avec le centre et fait déjà savoir qu’il n’abrogera pas la loi Taubira s’il devient Président.

La messe est dite. Mais alors, dans la mesure où, pour devenir Président, il faut être élu par le peuple après avoir passé le barrage de la primaire, comment interpréter ces étranges déclarations d’intention d’un Alain Juppé qui, ayant largement matière dans les conditions actuelles à formuler un véritable discours de droite, se fourvoie dans le politiquement correct ? Alain Juppé est un animal politique, qui sait trop bien qu’avant de gagner une élection dans les urnes, il faut la gagner dans les médias ; qu’il faut nourrir du seul aliment qu’ils consomment : le politiquement correct, le consensus, le « progressisme ». En réalité, Alain Juppé ne s’adresse pas aux électeurs mais aux forces dominantes du pays, et groupes de pression en tête. C’est eux qu’il faut convaincre si l’on veut jouir de la possibilité de faire une campagne sur tapis rouge. Les électeurs ? Une variable négligeable, secondaire, qui suivra en dernier recours quoi qu’il en soit. Juppé le sait et, à ce titre, ne s’en inquiète pas.

De quoi Alain Juppé est-il la tragédie ? De la dissolution, à droite, de l’intention de soutenir un idéal de droite parce que l’idéologie de la « gauche progressiste » occupe les médias et qu’on ne gagne une élection majeure qu’en ayant le soutien nécessaire et incontournable de ces faiseurs d’opinion, marionnettistes et rabatteurs d’électeurs. Qu’elle est loin, la démocratie.

101 vues

16 octobre 2014

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.