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Editoriaux - 6 février 2016

Alain Juppé, entre parole et inaction

On a pu voir , tel un monarque visitant les faubourgs, découvrir avec horreur la situation du camp de Grande-Synthe. “Pire que ce qu’il avait pu imaginer.” C’est que, cher Alain, il faudrait crotter plus fréquemment vos souliers dans la boue des provinces. Que ces visites dépassent votre goût du réel se peut ! Mais qu’elles vous le fassent découvrir serait plus qu’un oubli : une omission, par nature peccamineuse… Et ne pas solliciter quelque collaborateur pour s’informer auprès des sites Web alternatifs serait une faute d’action, cette fois. Tant ceux-ci ont fait maints reportages de la situation réelle.

Tenez, je m’en vais vous l’apprendre : vous a-t-on informé qu’en ces camps, un jeune converti iranien fut tué le 10 décembre dernier ? Vous a-t-on dit que certains d’eux doivent se réfugier dans l’église de ce village et que des paroissiens se mobilisent pour payer des chambres d’hôtel à ceux les plus pourchassés ? Devra-t-on attendre un nouvel Oradour ou massacre des Lucs pour qu’une action soit engagée ? Ah non ! C’est vrai, l’église vient d’être rasée à coups de bulldozer. Ça aussi, vous l’ignoriez ?

Tel le sapeur Camembert devant enfouir un tas d’ordures, vous affirmez qu’il faut diminuer le nombre de migrants en ce lieu et qu’on doit les répartir ailleurs, en France ! « On ne peut “plus” tolérer cet espace de non-droit », dites-vous. Ah bon ? Parce qu’on le pouvait auparavant ?

Tardive observation, Monsieur de Bordeaux ! Tardive réprobation d’une situation qui ne vous vit pas agir quand vous étiez aux affaires. Sangatte et ses suites existent depuis 20 ans. Aussi nous pardonnerez-vous de croire que votre souhait d’agir (s’il existe) sera oublié sitôt que vous seriez élu.

Quant à ces pauvres hères, ou ces djihadistes cachés, plus que les “répartir”, que ne les faites-vous “repartir” ou traverser la Manche : après tout, pourquoi ne pas les laisser naviguer vers Douvres ? Le trajet est plus court que de Tripoli à Lampedusa !

Car vous, l’Européo-mondialiste adoubé, voudriez-vous nous expliquer pourquoi maintenir en France des gens qui ne sont ici pas plus clandestins et pas moins réfugiés qu’ils ne le seraient au Royaume-Uni ? Êtes-vous, cher Alain, chargé de veiller aux intérêts des Anglais ?

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