Editoriaux - Justice - Presse - Table - 11 juillet 2016

Alain Gardère, un préfet pas au-dessus de tout soupçon…

Mais comment un préfet en est-il arrivé à être corrompu au point de se retrouver face à la justice d’un pays dont il est l’un des plus éminents représentants, avec décorations, citations et toute la dimension que cette haute fonction incarne ?

Bon, tout homme qui sera jugé est innocent jusqu’au jour où la justice en décidera autrement. Mais là, si l’on en croit les nombreux articles que la grande presse a consacrés à , sa mise en examen est potentiellement dangereuse pour son avenir. 

En janvier, c’est de corruption passive qu’il a été accusé. Ancien patron de la sécurité à Roissy, il est soupçonné d’avoir reçu quelques belles compensations en contrepartie de services rendus. Et, la semaine dernière, Emmanuelle Cosse, ministre du Logement, s’offusquait de la découverte faite par Christophe Grébert, membre du MoDem. Ce dernier, en pleine séance de conseil municipal, interrogeait Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, en ces termes, rapportés par le journal Le Monde : « Comment expliquer qu’un haut fonctionnaire, le préfet Gardère, propriétaire de dix appartements et déclarant plus de 190.000 euros de revenus annuels, ait obtenu un logement social de trois pièces appartenant à l’Office public de l’habitat de Puteaux ? »

Pour toute réponse, la mairie de Puteaux a accusé la préfecture des Hauts-de-Seine d’être responsable de cette largesse. Ce logement de 75m² et d’un loyer mensuel de 2.000 euros aurait été attribué sur le contingent préfectoral à M. Alain Gardère. Ce que nie la préfecture : « M. Gardère n’a jamais figuré sur les listes d’allocataires proposés par les services de l’État sur le contingent préfectoral relevant de l’OPH de Puteaux. » Notre ministre du Logement a aussitôt réagi, s’engouffrant par la grande porte dans ce scandale en dénonçant une « situation totalement inacceptable qui déroge aux principes et aux règles d’attribution des logements sociaux ». Elle a ajouté que « toute la lumière devra[it] être faite sur les conditions de cette attribution. J’y veillerai personnellement. »

Alain Gardère a aussitôt prié le maire de Puteaux de « mettre fin à cette situation » et rendra à l’OPH ce logement contesté. Un nouveau scandale que le préfet Gardère espère ainsi étouffer dans l’œuf.

Alain Gardère avait été nommé préfet délégué pour la sécurité et la défense de Marseille en 2011 pour mettre fin à la guerre des gangs. Il était conseiller de Claude Guéant et proche de Nicolas Sarkozy. Il avait dirigé la police de l’agglomération parisienne. Son poste de directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui avait été retiré à la suite de sa mise en examen, en janvier dernier, pour “corruption passive, prise illégale d’intérêts, recel d’abus de biens sociaux et détournement de fonds publics”. Accusations qui ne sont pas rien pour l’un des préfets de la République. 

Les soupçons portent sur les avantages en nature qu’Alain Gardère aurait offerts à un certain nombre de dirigeants d’entreprises en échange de services rendus. On a appris en mai dernier, en effet, que le promoteur Antonio De Sousa, président de France Pierre, avait été mis en examen le 13 avril pour « abus de biens sociaux », « complicité d’abus de biens sociaux » et « trafic d’influence ».

D’après Le Parisien, qui a révélé cette mise en examen, la justice s’interroge sur “différentes largesses” dont le promoteur « aurait pu, en échange de contreparties, faire bénéficier un certain nombre de personnes ». Parmi elles, le haut fonctionnaire Alain Gardère, déjà mis en examen pour corruption passive et dont il est proche.

Comme quoi, quand le pouvoir se mêle aux intérêts privés… Mais ce n’est là, sans doute, qu’une partie infime des scandales que sait si bien cacher la République des privilégiés…

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