La maladie infantile du communisme (le “gauchisme”), célèbre essai de Lénine, attaquait frontalement les membres de la troisième Internationale, Européens de l’Ouest, accusés de manquer de souplesse et d’intelligence tactique en fondant tous leurs espoirs sur le « seul sentiment révolutionnaire ». Ce conseil amical aux organisations communistes occidentales, nées de l’espoir suscité par la révolution russe, ne fut pas toujours suivi. Référence du marxisme-léninisme, l’ouvrage est encore étudié de près par les penseurs qui se revendiquent directement de cette école, ou s’en réclament les héritiers.

Ainsi, le philosophe Frédéric Lordon, à l’origine du mouvement (il se défend, néanmoins, d’en être le porte-parole officiel), semble avoir décidé de confronter à l’expérience du terrain les idées politiques qu’il développe dans son dernier ouvrage, Imperium. Malheureusement pour lui, comme souvent, les mouvements idéalistes se dissolvent au contact de la réalité. Très vite, Nuit debout est devenu le vortex de tout ce que la France compte de « gauchistes », pour reprendre l’expression du camarade Ilitch.

La alternative européenne est en train de redécouvrir les États-nations, la souveraineté. Elle n’a pas renoncé à son idéal internationaliste mais constate, avec beaucoup de retard sur les courants populistes de , que seule la nation constitue un rempart contre la contestation de la souveraineté populaire par les féodalités économiques transnationales. Cela ne vaut pourtant toujours que pour les « têtes », le susnommé Lordon, ou l’ancien ministre grec de l’Économie, Yánis Varoufákis. Les masses petites-bourgeoises qui campent place de la République n’ont pas conscience de cette terrible lutte idéologique. Ne vous y trompez cependant pas, les post-marxistes ne sont pas opposés au cosmopolitisme ou au mondialisme, ils défendent une autre vision de l’utopie « sans-frontiériste ». Ils ne veulent de barrières qu’économiques, et pour un temps seulement.

Il suffit de se pencher sur l’accueil qui fut réservé hier au philosophe , pourtant venu en simple observateur place de la République, pour révéler la supercherie. Immédiatement agressé physiquement, conspué, insulté, traité de « fasciste », voire de « sale juif », selon certains témoins… Chantre d’un nouvel enracinement aux accents barrésiens, Alain Finkielkraut n’était pas au goût des foules hurlantes de la Nuit debout. Lesquelles foules s’abandonnent à des luttes « sociétales », symétriques de celles dont les néo-libéraux se font les promoteurs acharnés : féminisme de revanche, combats anticolonialistes d’arrière-garde dans l’esprit des Indigènes (sic) de la République… Certaines réunions de Nuit debout étaient même interdites aux Blancs… Si les créateurs de Nuit debout entendent lutter contre la des échanges économiques, ils n’entendent pas lutter contre la mondialisation des échanges humains. Les « » sont, pour eux, les nouveaux « damnés de la terre ». En poussant un peu, ils pourraient même devenir les rédempteurs d’un monde occidental considéré comme « impur » pour les tenants de l’eschatologie du marxisme culturel.

C’est bien là que le bât blesse, la Nuit debout porte en elle les germes du totalitarisme. Leur idéal de pureté tient en un monde sans l’Histoire, sans le passé, expurgé des « substances » – qualifiées de fictions, délivrées des mythes – forcément générateurs de rapports de domination. Donc, sans Alain Finkielkraut, qu’il fallait expulser pour purifier les lieux. Le dieu Égalitarisme veille à ce qu’aucune tête ne dépasse. D’ailleurs, l’expulsion d’Alain Finkielkraut avait tout d’une Nuit de cristal. Quel est le tort de l’académicien aux yeux de ces gens ? Défendre un pays charnel. Il le fait pourtant sans excès, et même, à mon goût, avec une forme de timidité que je qualifierais presque de coupable. Mais c’est déjà bien trop aux yeux des participants de la Nuit debout. La souveraineté populaire de Nuit debout n’existe qu’en opposition à la souveraineté enracinée des patriotes français. Les participants de la Nuit debout peuvent toujours hurler « Vive l’A-France ! » ; cela restera vain car les peuples historiques ont soif de permanence.

17 avril 2016

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