Le djihadisme wahhabite sème la panique dans le nord de l’… Changement de Premier ministre à Bagdad… Un cautère sur une jambe de bois ? La déconfiture guette les hommes, surtout les hommes politiques, ceux qui ont dépassé leur seuil de compétence. Nous ne sommes pas à Paris. M. Hollande villégiature et songe moins que jamais à se déposer lui-même. Mais à Bagdad, il en va autrement : le président irakien Fouad Massoum, un Kurde – car en Irak, nation composite, le président est kurde –, vient de charger avec l’aveu implicite/tacite/explicite du département d’État, ce lundi 11 août, M. Haïdar al-Abadi de former un nouveau gouvernement d’… « Le pays est entre vos mains », lui a laconiquement déclaré le président Massoum lors de son investiture. C’est tout dire !

Et quel pays ! Un pays en miettes. Après des mois de blocage, d’atermoiements, de vaines tractations, il était en effet grand temps d’y rebattre les cartes politiques… alors que la situation du pays se dégrade à grande vitesse, que l’unité nationale se révèle pour ce qu’elle est – à savoir une fiction –, que la partition ethno-confessionnelle de l’Irak est à ce titre une réalité de facto, soit trois blocs : sunnite au centre, chiite au sud et kurde au nord… Un schéma sommaire qu’est venu brouiller l’instauration du califat de Mossoul. Un projet dangereusement obscur soutenu par des forces géopolitiques encore plus obscures qui a achevé de démasquer l’impuissance et l’incurie du gouvernement du Premier ministre Al-Maliki.

Bagdad est en état de siège, tétanisée par l’avancée des forces djihadistes de l’ (EI) en dépit des frappes américaines, prudemment du haut des airs, sur quelques-unes des positions wahhabites. Car il faut bien donner leur nom exact – celui de Wahhabites – à ceux qui sèment la panique au Kurdistan, l’une des terres d’élection de la manne pétrolière, et précisément dans le Djebel Sinjar, sanctuaire des yézidis réputés “adorateurs du diable”… Or, dans la capitale irakienne, l’ex-chef du gouvernement Al-Maliki s’est, pour l’heure, laissé évincer sans réagir. Aux affaires depuis 2006, sa Coalition de l’État de droit, membre de l’Alliance nationale (chiite) majoritaire au Parlement – celle-là même qui vient d’avaliser la désignation du nouveau Premier ministre –, avait pourtant remporté les législatives d’avril. Ce pourquoi Maliki s’imaginait pouvoir remplir un troisième mandat à la tête du cabinet… Reste qu’il était largement désavoué par tous – sauf peut-être l’ ? –, à commencer par le clergé chiite qui ne se privait pas, en privé, de le vouer aux gémonies pour sa corruption et son incapacité à rétablir le minimum de cohésion dans un pays en proie à toutes les forces centrifuges.

Maliki sentant qu’il perdait du terrain, dans un piteux chant du cygne, n’hésitait pas, dimanche 10, la veille de son éviction, à accuser le président Massoum d’avoir violé la en tardant à nommer un Premier ministre… annonçant en conséquence son intention de porter plainte contre lui ! Comme quoi, en , même aux heures les plus tragiques, la farce peut côtoyer le vaudeville constitutionnel. Et pas seulement en Irak. Enfin le voici exaucé : le “pays des Deux Fleuves” est doté d’un nouveau pilote ; en espérant que ce dernier fasse mieux, beaucoup mieux que son inutile et incertain prédécesseur.

12 août 2014

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