Air France : la violence syndicale est-elle défendable ?

Le ridicule tue. Il tue le dialogue et le débat. « Jour de deuil. 4 salariés arrêtés pour fait de lutte. Que la résistance et la colère soient plus contagieuses que la peur ! », s’émeut dans un tweet Jean-Luc Mélenchon, après l’arrestation aux aurores de plusieurs suspects dans le cadre des violences syndicales d’Air France. S’il y a un deuil dont on peut se féliciter, c’est celui de l’impunité. « Arrêtés chez eux à 6 h du matin ? Pourquoi ? Pour les humilier devant leurs familles ou parce qu’ils préparaient une fuite à Saint-Martin ? », réagit Cécile Duflot, tandis qu’Olivier Besancenot balance un lapidaire « Relâchez-les ! » Pour le communiste Pierre Laurent, ils sont « traités comme des criminels ». Déjà, quelques jours plus tôt, Clémentine Autain, sur BFM TV, soutenait sans réserves les agitateurs, face à une Laure Adler plus nuancée, préférant y porter un regard d’historienne : les actions de violence ont jalonné de tous temps l’histoire du prolétariat, le phénomène n’a donc rien de nouveau, ce qui ne l’excuse pas pour autant.

Comprendre ne signifie par acquiescer. Le monde ouvrier est pétri de conflits récurrents, de bras de fer nourris du spectre de la lutte des classes, dont certains syndicats s’ingénient à raviver l’incandescence en soufflant sur des braises parfois fumeuses. Mais il arrive aussi que, mus par le désespoir ou par un sentiment d’injustice légitime, des salariés en viennent à menacer de faire sauter leur usine, comme à Cellatex en 2000, ou séquestrent leurs supérieurs, comme à Goodyear en 2014. Du démontage symbolique du McDo de Millau, en 1999, par la Confédération paysanne et le SPLB, au vandalisme perpétré par les Bonnets rouges en 2013, en passant par les débordements à Caterpillar, Metaleurop, Continental ou Molex, blocages et occupations de locaux constituent le recours ultime pour attirer les caméras des médias et l’attention des Français. Mais jusqu’où peut-on aller ?

La grande malhonnêteté intellectuelle de l’extrême gauche, en l’occurrence, est de valider des faits de délinquance en les enrobant d’un lyrisme à la Zola, en les assimilant à des actes de fronde et de résistance, en se les réappropriant afin d’épancher leur soif de radicalisation sociale et de turbulences insurrectionnelles. Piètre stratégie électorale que d’encourager le tumulte. Dans le cas d’Air France, rappelons une énième fois que les confrontations ont été initiées par le refus de pilotes, payés 17.406 euros par mois pour 55 heures de vol, d’effectuer une centaine d’heures supplémentaires par an, ce qui a conduit la direction à prévoir un plan de 2.900 suppressions de postes. Lyncher des dirigeants et arracher leur chemise n’a rien d’héroïque ; ce n’est pas acceptable, fussent-ils condescendants, inéquitables ou incompétents. Ce sont eux qui ont été « humiliés » sur les écrans du monde entier. Sept personnes ont été blessées. La lutte des classes n’est pas un laisser-passer pour bastonner, saccager ou saboter sans vergogne.

Les six auteurs des violences d’Air France placés en garde à vue – la plupart syndicalistes CGT de la branche cargo – n’ignoraient pas que la télévision filmait leurs invectives. Ils ne se cachaient pas, loin de là. C’est dire s’ils se sentaient intouchables, à l’abri des sanctions. Aujourd’hui, ils risquent un licenciement pour faute lourde et des poursuites pénales. Ils s’en étonnent et s’en indignent ? Qu’ils assument. L’urgence n’est pas de faire des gorges chaudes des conditions de leur arrestation mais de sauver une grande compagnie aérienne française.

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