Sans surprise, l’inspection du travail a gelé le licenciement de Vincent M., le délégué du personnel d’Air s’étant montré turbulent lors du désormais célèbre comité central d’entreprise du 5 octobre 2015. Sans surprise, car il est rare que cette administration, seule habilitée à autoriser le licenciement d’un salarié protégé, le fasse. Ce qui est un peu plus surprenant, en revanche, c’est que l’inspectrice ayant « traité » le cas Vincent M. soit elle-même déléguée SUD. Vous avez dit conflit d’intérêts ?

Les images ont fait le tour du monde. On y voit Xavier Broseta, DRH d’Air France, encadré par deux vigiles tentant de l’exfiltrer de la foule. Broseta s’en sortira avec une chemise lacérée et une belle frayeur, mais l’affaire ne s’arrête pas là. La direction de la compagnie aérienne choisit de se montrer ferme. Cinq salariés sont licenciés, et comparaîtront en mai devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour . Parmi eux, Vincent M.

Pour protester contre ces sanctions, plusieurs centaines de salariés du groupe se réunissent devant le palais de de Bobigny mercredi 2 décembre, à l’initiative d’une ribambelle de syndicats d’Air France, dont la CGT (dont fait partie Vincent M.) et SUD (dont fait partie Caroline Morio, l’inspectrice du travail qui vient de le gracier). SUD a manifesté en faveur des salariés, et le ministère du Travail, dont dépend l’inspection du travail, ne pouvait pas ne pas le savoir. De la même manière, en confiant l’affaire à Caroline Morio, il ne pouvait pas ignorer qu’elle était syndiquée chez SUD, l’information étant même disponible en ligne.

Si les dés étaient pipés, Caroline Morio se devait tout de même de donner le change, qu’on n’aille pas dire que Vincent M. a été réintégré par l’opération du Saint-Esprit. Elle s’est donc fendue d’une décision circonstanciée. Et c’est là que ça devient drôle. Dans son rapport, l’inspectrice du travail SUD estime que les images de vidéosurveillance avancées comme preuves, si elles montrent bien Vincent M. pousser un vigile, entraînant sa chute ainsi que celle du second vigile et de Xavier Broseta, ne permettent pas de « déduire la force de la poussée », et donc de conclure à son caractère violent. Trois hommes tombent, mais celui qui les a poussés a-t-il fait usage de la force ? Effectivement, il y a débat.

La direction d’Air France a décidé d’intenter un recours hiérarchique devant le ministère du Travail. On la comprend. On doute, en revanche, que ce recours porte ses fruits. En confiant le dossier à une syndicaliste, l’exécutif a affiché la couleur. Et tant pis s’il faut, pour cela, cautionner la violence et flirter avec le conflit d’intérêts. Après tout, on commence à avoir l’habitude…

2 février 2016

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