Ils en ont marre d’être des laissés pour compte d’un système économique qui déraille, marre des promesses qui n’ont de valeur que pour ceux qui veulent bien encore y croire. Le « Y a qu’à faut qu’on » d’un ministère de l’Agriculture qui se résume à une appellation vide de sens, qui se rappelle d’eux devant micros et caméras lorsqu’ils crient publiquement leur détresse, qui au lieu de les protéger de la technocratie de Bruxelles signera 100 textes nouveaux régissant directement leur activité durant la seule année 2012.

Parmi les milles tracteurs, certains viennent du bout du bout de la terre bretonne. Durant leur long et lent périble vers la capitale, ils ont eu largement le temps de ressasser leur colère. De là à ce qu’ils « pètent les plombs », il n’y a pas loin. La coupe est pleine. Au cours du mois d’Août, les responsables FDSEA-JA ont alerté les pouvoirs publics sur leur incapacité à répondre des actes de producteurs, plus que jamais désespérés d’être des variables d’ajustement d’un système qui n’est plus vivable.

Quel que soit le prix d’achat du porc, la distorsion sociale et fiscale entre les pays membres de l’Union Européenne est telle qu’elle tue inexorablement la production française. Même si nous, consommateurs, privilégions massivement le local et les circuits courts, ce qui constituerait pour eux un plus appréciable, cela ne leur permettrait pas à tous de vivre décemment de leur travail. Pour poursuivre, ils ont besoin de pleinement exister sur le commerce français et, sur le marché des exportations, d’être compétitifs.

Avec la sortie du livre de Françoise Fressoz, nous apprenons que François Hollande, qui n’a décidemment honte de rien, regretterait l’abrogation de la TVA anti-délocalisation (dite TVA sociale). Si c’était à refaire… Pour mémoire, à peine élu, dans sa frénésie de faire disparaître tout ce qui porte l’estampille Sarkozy, il détruit un dispositif intelligent pour, six mois plus tard, augmenter les taux de TVA et financer le fameux CICE (Crédit d’Impôt en faveur de la Compétitive et l’Emploi) à l’impact plus que mitigé. Ce propos du Chef d’État, qui arrive comme un pied de nez en pleine grogne paysanne, et ce rappel des faits illustrent l’égocentrisme aigu, l’irrationalité et l’absence de vision dont souffrent de plus en plus femmes et hommes politiques.

Les agriculteurs sont au cœur d’une profonde crise structurelle et existentielle d’une démocratie qui voit ses gouvernants courber l’échine aux tables de négociations européennes, préférer laisser crever des pans entiers d’activité par flemme de s’attaquer aux problèmes, par peur de froisser leurs homologues, par peur de déplaire à leur majorité, à leurs sympathisants, par peur tout simplement d’impopularité.

Des populations au bord de la faillite sociale qui ne trouvent plus d’échos à gauche ni à droite de l’échiquier, un clivage idéologique qui ne veut de nos jours absolument plus rien dire, n’ont d’autres choix que de se résigner dans l’espoir d’un mieux improbable ou de manifester bruyamment leur détresse sans crainte de débordement. Nous en sommes au stade où celui qui crie le plus fort aurait une chance d’être entendu, c’est ce que nous pouvons entendre dans les campagnes après la prise d’otage de l’A1 par les gens du voyage.

S’il vous faut cela pour subsister, à défaut de reprendre la Bastille, lâchez vos cochons dans les rues de Paris, déversez vos bennes de légumes, épandez votre lisier, allez-y de vos klaxons et de vos banderoles, revendiquez votre dû, ainsi que celui des exploitants qui n’ont pu se joindre à vous, des salariés dont le travail est directement dépendant du vôtre : la Bretagne, première région agricole en terme de production, est à vos côtés.

À lire aussi

Dans les médias, tout est bon pour salir l’image des militaires

Pourquoi, à la moindre occasion, abîmer l’image d’une frange de la population pour qui esp…