L’anticipation, de nos jours, ne caractérise en aucune façon l’action des femmes et des hommes politiques, quel que soit leur parti. Désormais, devenus majoritairement attentistes, ils attendent l’insoutenable pour agir. Ils répondent dans l’urgence au mal-être d’une société en déliquescence. La colère des agriculteurs en est une preuve patente. Les « politicards » du pays connaissent parfaitement les différentes causes qui conduisent au désarroi d’acteurs nourriciers de premier plan.

Ces amoureux de la nature – il faut l’être pour exercer leur profession – ont vu leur métier évoluer au fil des directives agricoles et environnementales. En trente ans, ils ont dû répondre à tout et à son contraire, se résoudre à passer d’un modèle intensif à un modèle raisonné. Ils ont vu le regard du consommateur de côtelettes changer. Le voisin conciliant devenir un rurbain grincheux. Ils ont vu des aménagements routiers apparaître ici et là, de plus en plus, dans les bourgs des villages sans que personne ne s’inquiète des gênes qu’ils pourraient pour eux occasionner. Ils ont vu de bonnes terres agraires réquisitionnées au profit de l’urbanisation et de la grande distribution. Des parcelles démembrées suivant les caprices de technocrates publics. Pour autant, nos anciens paysans, désormais chefs d’entreprise, s’adaptent et continuent de s’adapter, se battent chaque jour pour faire vivre leur exploitation.

Contraintes et mésestimes sont devenues leur lot quotidien. En revanche, voir ses revenus s’amoindrir malgré des heures et des heures identiques de labeur, bien au-delà des trente-cinq heures en vigueur pour la majorité des travailleurs, est inacceptable. Qui tolérerait une telle dépréciation ? Pris entre le marteau (la hausse de leurs charges d’activité) et l’enclume (le diktat des intermédiaires de la longue chaîne de distribution), les agriculteurs étouffent, explosent.

Le mépris atteint des sommets quand un gouvernant, en l’occurrence un ministre à l’Agriculture, qui ne peut ignorer les maux du secteur réclame dans un premier temps un énième rapport de situation, pour ensuite annoncer les ritournelles mesures d’urgence. Un baume sur une plaie vive. Mais les impératifs des champs n’attendent pas, ils s’imposent à la colère des agriculteurs et sonnent l’entracte jusqu’à une prochaine fois.

Sans attendre, chaque échelon politique doit agir où il peut. Des maires se réveillent et reconnaissent qu’il est possible d’approvisionner de préférence les cantines en produits de proximité. Les besoins peuvent être franctionnés afin de passer sous les seuils d’exigibilité des marchés publics, des critères « carbone » peuvent être intégrés. Qu’attendaient-ils pour le faire ? Nous-mêmes, consommateurs, nous pouvons soutenir dans nos choix quotidiens et dans la mesure de nos possibilités nos agriculteurs locaux. La pensée globale n’agissant pas au sommet de l’État, nous devons penser localement pour éviter le pire, pratiquer une forme de solidarité active pour le bien commun.

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