Le zozo qui est aux manettes (enfin, c’est ce qu’il croit) a « panthéonisé » deux femmes, certes remarquables, mais en a oublié une qui l’aurait mieux mérité que Jean Zay, déserteur en 1940, condamné et qui a passé la guerre en prison avant d’être assassiné par la Milice en 1944.

J’évoque à nouveau Agnès de La Barre de Nanteuil, ardente patriote, chrétienne exemplaire, chef scout et authentique résistante qui fut (entre autres) officier du deuxième bureau de l’état-major départemental de l’Armée secrète. Tuée en 1944 dans un train de déportés, elle avait 22 ans.

Je suis bien d’accord avec l’un des articles de Dominique Jamet : « La part accordée aux femmes sous les voûtes du temple laïque dédié à toutes nos gloires est pour le moins inéquitable… » On devrait en effet y trouver des héroïnes très remarquables. Agnès, par exemple. Elle était résistante (et quelle vraie résistante !) mais comme elle n’était pas communiste, elle n’eut pas droit à une station de métro à son nom, contrairement au malheureux Guy Môquet, qui eut le malheur de se faire prendre en distribuant un tract communiste, se retrouva interné à Châteaubriant et fut le plus jeune des quarante-huit otages fusillés en octobre 1941.

Et pourtant…

Agnès, d’une de vieille noblesse normande, royaliste et très pieuse, fut professeur d’anglais, se dévouant aux autres. D’une grande force de caractère, cette belle et grande jeune fille, simple et très élégante, s’engagea au sein de différents mouvements de comme cheftaine de louveteaux.

Après le désastre de 1940, son père puis sa mère s’engagèrent dans la résistance. L’année suivante, Agnès participa à une filière d’accueil et d’évasion d’aviateurs anglais créée par sa mère Sabine et procura de faux papiers aux réfractaires du STO. Elles contribuèrent à faire passer en Espagne une trentaine d’aviateurs alliés. Avec sa sœur cadette, Catherine, elle devint agent de liaison du réseau Libé-Nord et travailla également pour le deuxième bureau de l’état-major de l’Armée secrète en Bretagne comme sous-lieutenant. Elle avait 20 ans.

Le 13 mars 1944, elle effectua le balisage d’un terrain de largage de matériel pour le maquis mais fut arrêtée à son retour par le SD (service de sécurité allemand) et remise à la Gestapo de Rennes. Sa sœur Catherine fut arrêtée peu après.

Torturée, elle se tut pendant les premiers jours, ne cédant rien pour permettre à ses compagnons de se mettre à l’abri et fut déportée trois mois plus tard dans le dernier convoi au départ pour l’Allemagne. Dans ce convoi de 2.000 personnes, attaqué par des chasseurs alliés, Agnès fut blessée. Elle mourut peu après des suites de cette blessure, à l’âge de 22 ans, en gare de Paray-le-Monial, mais eut le temps de dicter un mot pour les siens avant d’expirer : « Je donne ma vie pour mon Dieu et ma patrie… j’ai été dénoncée, mais j’ai pardonné… »

En réalité, Agnès avait été blessée par un soldat allemand qui craignait que les détenues ne s’enfuient. Gravement touchée au ventre, elle fut rechargée dans son wagon dévasté et brinqueballée de gare en gare jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) et Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) où elle fut enfin pansée malgré l’opposition des SS, puis rechargée sur une civière et mise dans un wagon surchauffé et sans eau. Sans se plaindre, elle survécut encore trois jours avant de succomber d’une gangrène.

Ses compagnes d’infortune, certaines membres des jeunesses communistes, prièrent et la veillèrent « comme une sainte au beau visage », dirent-elles par la suite, puis la remirent aux autorités civiles de Paray où elle fut provisoirement ensevelie, entourée de guides et cheftaines scoutes qui assistaient la Croix-Rouge sur place et qui furent prévenues de son décès.

En 1947, de Gaulle lui décerna la médaille de la à titre posthume. En 1951, ce sera la Légion d’honneur. Sa mère et ses autres enfants seront aussi décorés par la France, les États-Unis et le Royaume-Uni. En Bretagne, plusieurs rues portent son nom et plusieurs unités scoutes aussi, mais aucune école publique puisqu’elle n’était pas une résistante communiste ou athée. Pour moi, elle aurait du être béatifiée par l’Église.

À défaut, en 2002, Agnès sera faite marraine de la XXVIe promotion de l’École militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan. Elle est, avec Jeanne d’Arc, la seule femme à avoir donné son nom à une promotion de cette prestigieuse école d’officiers.

23 février 2014

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