Ce mercredi 23 septembre, , ancien ministre de la Santé, et , ex-porte-parole du gouvernement, étaient invitées à s’expliquer sur la crise sanitaire au Sénat. Sans surprise, les amateurs de comédie façon stand-up et d’humour involontaire n’ont pas été déçus.

Prévenant d’éventuelles questions gênantes, Agnès Buzyn y va donc franco dès le début : « J’espère clore très solennellement devant la représentation nationale cette forme de procès en incompétence que je ressens. » Il est vrai que, dès le 24 janvier, elle assurait que le risque d’arrivée en France du virus en provenance de Wuhan était « pratiquement nul »

Sachant que la meilleure des défenses demeure l’attaque, elle prévient dans la foulée : « La diffusion permanente de propos tronqués a grandement contribué aux menaces de mort dont j’ai fait l’objet sur les réseaux sociaux depuis six mois, sur fond d’antisémitisme. » Tout de suite, les mots qui blessent. Ce à quoi la sénatrice Catherine Deroche (LR) rétorque illico : « Je ne voudrais pas, parce que je vous pose des questions, être taxée d’antisémitisme, madame. » Pas faux.

Pourtant, et ce, malgré de trompeuses apparences, Agnès Buzyn aurait tôt anticipé l’ampleur de la crise à venir, guidée par son « intuition », précise-t-elle. On imagine que c’est la même « intuition » qui lui a fait quitter le navire gouvernemental en pleine tempête, « intuition » qui lui assurait aussi qu’un boulevard électoral l’attendait à Paris face à Anne Hidalgo.

Puis, la question des masques et de leur criante pénurie arrive sur le tapis. À l’en croire, la faute en reviendrait à l’agence Santé publique France qui, pressée, en avril 2017, de faire un audit des stocks disponibles, aurait traîné jusqu’en juillet 2019. Du coup, elle n’y est pour rien : « Pourquoi la ministre que je suis ne sait pas ? Eh bien, quand on arrive au pouvoir, on considère que les collègues ont travaillé. » Ça aurait pu être la moindre des choses que de vérifier ; il est à croire que non. Mais peut-être que les « collègues » en question avaient, eux aussi, une campagne municipale à mener, sait-on jamais.

Après les hors-d’œuvre, le plat de résistance avec Sibeth Ndiaye qui, sûrement par égard envers la chambre haute, ne s’est pas rendue à l’audition en pyjama. Elle, c’est bien simple, a « dit la tout au long de la crise », passant ainsi sous silence le fait que cette « vérité » avait bigrement tendance à changer tous les jours. Certes, elle concède quelques « erreurs » et autres « phrases maladroites, alambiquées », tout en se défendant de la sorte : « À aucun moment vous ne pouvez avoir 20/20, ce n’est pas l’école. » Du culot, et de l’esprit, en plus : cette dame, même remplacée à son poste de porte-parole, est décidément irremplaçable.

À propos des masques, ses explications valent d’ailleurs bien celles d’Agnès Buzyn : « Je ne voudrais pas dire de bêtises [ce n’est pas son genre, NDLR] sur les chiffres, mais on est dans un fois vingt par rapport à ce qu’on pouvait imaginer dans une épidémie avec un virus aéroporté. » Bref, l’imagination n’était manifestement pas au pouvoir et, dans le genre « aéroporté », Sibeth Ndiaye se pose là.

Il y a encore la déclaration qui fâche – « J’assume de mentir pour protéger le Président » – sur laquelle l’interroge la sénatrice socialiste, Marie-Pierre de La Gontrie. Ici, du grand art, puisqu’elle concède avoir « dissimulé aux journalistes une escapade d’ pour jouer au tennis à l’abri des regards », tout en ajoutant que « ça n’a rien à voir avec une éventuelle décision de mentir sur des décisions que pourrait prendre le gouvernement ». Nous voilà rassurés.

Si l’on résume : au plus fort de l’épidémie, l’une suivait ses intuitions de fille, l’un faisait joujou avec sa raquette tandis que la dernière était aux fraises.

Il est prétendu que les sénateurs seraient restés sur leur faim après cette audition. On peine à le croire.

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