Discours - Editoriaux - International - Internet - Société - Tribune - 10 décembre 2013

Afrique du Sud : l’arc-en-ciel avant l’orage ?

Presque la moitié des États du monde étaient présents ce mardi 10 décembre à Johannesburg pour rendre hommage à Nelson Mandela, et venir recevoir l’onction posthume de l’icône internationale des droits de l’homme.

Il est vrai que le héros aura réussi ce tour de force de faire asseoir à une même tribune des ennemis jurés, des démocrates de pacotille et des officiants de cultes peu œcuméniques à l’ordinaire. Voir Obama serrer la main de Castro ou le célèbre Mugabe, président du Zimbabwe, goûter sa présence avec une gourmandise ironique, entendre un rabbin précéder un imam, lequel cédait la place à un évêque, fut un spectacle rarissime, autant que symbolique. On a vu aussi un Nicolas Sarkozy faire une causette retenue et peu expansive à son voisin François Hollande. Les décrypteurs de mouvements de lèvres vont faire un tabac sur Internet…

L’ambiance enthousiaste et peu convenue dans les tribunes publiques, le papotage peu protocolaire de hautes personnalités pendant les discours et la pluie persistante dont les commentateurs avisés disaient qu’elle était un signe positif dans la contrée ont, avec un retard considérable sur l’horaire, marqué l’événement mondial d’une touche de désinvolture qui cache cependant mal, semble-t-il, le futur post-Mandela de ce pays.

Constitué d’une mosaïque d’ethnies et de groupes religieux, marqué par des antagonismes tribaux traditionnels et des guerres européennes, l’équilibre de cette société « multiraciale » (on a le droit de le dire, en l’occurrence ?) ne tenait sans doute qu’à la force morale imposante de cet être exceptionnel et charismatique. Cependant, la corruption, la traite des pauvres par les nouveaux riches, ces black diamonds purs produits de la préférence raciale contre la compétence, avec l’affirmative action, l’insécurité grave et la fuite de cadres blancs compétents et parfois spoliés de leurs biens, n’augurent pas d’un avenir aussi rose que les thuriféraires mondiaux promettent à ce pays.

Dans le même temps où, au nord de l’Afrique, les conflits interethniques alimentent plus que jamais les rages meurtrières, il serait étrange que la force d’un seul homme ait, dans un grand pays aussi vaste et varié, écrasé les ardeurs revendicatives et la soif de revanche de multitudes écartées du progrès social qui ont fait un apprentissage anarchique de la liberté.

En s’arrêtant en Centrafrique sur le chemin du retour et alors que deux soldats français ont déjà perdu la vie dans des actions de police pour lesquelles ils ne sont pas faits, le Président pourra relativiser la qualité des « avances démocratiques » sur le continent noir et modérer les enthousiasmes convenus de ses camarades humanistes…

La République sud-africaine, arc-en-ciel après l’apartheid ou avant l’orage ?

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