Le Front national, depuis longtemps, n’est plus en état d’invoquer, en son sein et pour ses attitudes politiques nationales et internationales, l’image d’une intégrité absolue qui le distinguerait radicalement des autres partis. Il est comme les autres ; d’aucuns soutiennent qu’il est pire que les autres.

Pourtant, le ne pâtit nullement des affaires qu’il secrète et beaucoup s’en étonnent. Il suffit de relever les intentions de vote qui, régulièrement, placent Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Elle est même en progrès, aidée par une réalité et des adversaires qui semblent la servir.

Il est facile de donner quelques explications qui, n’étant pas spécifiques au FN, ne seront pas décisives. L’absence d’enrichissement personnel, le constat que les transgressions principales sont visées par des instances européennes dénuées de neutralité, les dénégations des responsables du FN, l’évidence que des enquêtes et des informations n’épargnent pas ce parti sont autant d’éléments susceptibles de justifier banalement sa relative immunité .

Mais il y a autre chose, de bien plus profond, qui permet d’éclairer cette discrimination qui bénéficie au FN, avec des affaires qui ne l’affectent pas. Il caracole sans être entravé par ce qui lui est imputé ici ou là.

À force de crier que le FN est fasciste, qu’il n’est pas républicain et que ses électeurs sont peu ou prou des obtus indignes de notre conception – forcément la plus élevée – de la , on a habitué les citoyens à une sorte d’opposition constante et à l’intensité toujours maximale. Le FN ne cesse pas de baigner, dans l’espace national, pour la sphère médiatique, dans un paradoxal : il n’a pas été interdit mais on a eu l’impression, parfois, qu’il était traité comme s’il l’était. Il a été souvent la bonne conscience trop engagée et partisane de personnalités bien complaisantes par ailleurs.

La dédiabolisation opérée tant bien que mal par Marine Le Pen – il reste dans le parti encore des traces du diable mais, pour l’essentiel, on a fui l’indignité historique et éthique pour le registre politique, aussi discutable soit-il – n’a pas été perçue à sa juste valeur et on a continué un procès qui aurait mérité d’être amendé. Le discours politique et médiatique n’a pas évolué et malgré ses succès électoraux – ou à cause d’eux ? -, le FN n’a pas changé de statut : pestiféré et menaçant.

Ce qui a permis à ce parti de s’entêter à jouer sur la corde victimaire alors que sa présence médiatique et ses avancées politiques, au moins dans les premiers tours, contredisaient cette approche.

Dans la mesure où l’objectivité, sauf circonstances exceptionnelles – sur sa prescience du terrorisme, par exemple -, n’a jamais été considérée comme une obligation pour rendre compte des propos et de l’action du FN, ce dernier s’est naturellement toujours trouvé plongé dans des suspicions, des partialités, des accusations et des mises en cause qui ont eu l’effet singulier de rendre inaudibles, sans importance les allégations liées aux affaires. Le procès symbolique et idéologique constant a étouffé les possibles procès réels.

À partir d’une telle configuration, comment les intentions de vote pourraient-elles se dégrader, pourquoi les citoyens se détourneraient-ils d’un parti toujours attaqué au point que les procédures contre lui apparaissent au pire comme la continuation de l’hostilité, au mieux comme l’expression renouvelée d’une injustice ?

Les affaires du FN ne lui font pas mal. C’est la rançon d’une exacerbation morale qui n’a jamais été capable d’appréhender normalement ce parti, tant qu’il est et se maintient dans l’espace démocratique, de sorte que l’anormalité de ses possibles infractions s’est totalement fondue dans la masse, dans une indifférence lassée.

À force d’avoir désavoué le FN affirmant qu’il fait chaud en été, on fait douter des authentiques égarements dont on l’accable.

C’est la faute de ses ennemis compulsifs et sans imagination.

Extrait de : Pourquoi les affaires du FN ne lui font-elles pas mal ?

25 février 2017

Partager
BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

Les commentaires Facebook intégrés aux articles sont désormais inactifs, nous vous invitons désormais à commenter via le module ci-dessus.

À lire aussi

Philippe Bilger : « Éric Dupond-Moretti est devenu un homme politique classique pour le pire : il viole une promesse et est devenu un ministre timoré »

Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a présenté sa réforme de la justice en 36 proposit…