Le 14 avril 2015, le célèbre africaniste Bernard Lugan est contacté par téléphone par la direction de l’enseignement des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (ESCC) qui lui signifie verbalement (!) l’annulation de toutes ses interventions programmées, ce, sans en préciser les motifs.

Selon Jean-Dominique Merchet (ancien plumitif de Libération, proche des milieux de , se vantant d’obtenir ses sources directement auprès du cabinet du ministre de la Défense), l’éviction de l’intéressé serait justifiée par “ses récentes déclarations sur le déplacement du secrétaire d’État aux Anciens combattants à Sétif, mettant formellement en cause le chef des .

Dans un communiqué publié sur son blog, le 9 avril 2015, le professeur Lugan écrivait notamment que “la décision de François Hollande d’envoyer un membre de son gouvernement à Sétif [M. Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux Anciens combattants, du 19 au 21 avril] est une provocation. Ce faisant, le président de la République montre à la fois son aveuglement historique et son sectarisme puisqu’il cautionne la réécriture de l’Histoire faite par les autorités algériennes. Au prix d’une nouvelle humiliation de la France.” Pour lui, il ne s’agit rien moins que d’un ““voyage mémoriel” en Algérie. Une mémoire sélective puisqu’il est prévu un déplacement à Sétif, oblige…, mais pas à Oran où des centaines de Français furent massacrés et enlevés le 5 juillet 1962. Le secrétaire d’État français n’ira pas davantage à la mine d’El Halia où, le 20 août 1955, 132 Européens furent assassinés ; ni d’ailleurs sur l’un des nombreux lieux de supplice des Harkis.”

Pour être complet, l’entourage du ministre de la Défense précise que, loin de remettre en cause les compétences de Bernard Lugan, cette décision ne serait que la stricte application de la « consigne » diffusée, il y a un an, auprès des universitaires intervenant aux Écoles – en particulier de Saint-Cyr Coëtquidan –, les invitant à “ne déclencher aucune polémique et à ne pas nuire à l’image desdites écoles”.

Évidemment, on ne peut s’empêcher d’opérer un rapprochement avec la révocation, en 2009, du géopolitologue Aymeric Chauprade du Collège interarmées de défense (ex-École de guerre). À l’époque, son ministre de tutelle, Hervé Morin, lui reprochait ses pages « conspirationnistes » – publiées dans son ouvrage Chronique du choc des civilisations, remettant en question la version officielle des attentats du 11 septembre.

De fait, on ne peut, non plus, s’empêcher de conclure que cette au plus haut niveau de l’État, ostracisant des spécialistes intervenant auprès de nos officiers et sous-officiers, est tout simplement idéologique. L’on connaît l’approche ethniciste de Lugan, comme celle, « multipolaire » de Chauprade, soit deux thèses « réalistes » aux antipodes de la doxa éthérée, droit-de-l’hommiste et américano-alignée des gouvernements Fillon-Ayrault-Valls.

Il ne s’agit pourtant, là, que d’épurations visant des personnalités en vue. C’est sans compter, en effet, sur les véritables purges dont sont victimes d’autres chercheurs (notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales) anonymes non moins méritants, dont les travaux, tout aussi rigoureux, s’écartent des sentiers battus de la pensée dominante.

C’est ainsi que l’on sape consciencieusement, depuis des décennies, les fondements intellectuels et moraux de notre nation.

18 avril 2015

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