Ardente, courageuse, généreuse, spontanée, prompte à se lever contre l’injustice… Et nous qui, parfois, désespérions de la jeunesse de France ! Qu’on lui donne une grande cause à défendre et, comme aux jours les plus glorieux de notre histoire, comme en juillet 1830, comme en novembre 1940, comme en mai 1968, la voilà qui n’hésite pas à sécher les cours pour sécher les pleurs de Leonarda, la voilà qui bloque l’entrée des lycées et des collèges au nez et à la barbe des proviseurs, la voilà qui descend dans la rue, la voilà qui marche de la Nation à la Bastille, qui condamne les expulsions, qui dénonce l’oppression, qui brave la répression, qui demande la démission d’un ministre, qui proclame que “nous sommes tous des Khatchik et des Leonarda”, qui exige que la France accueille sans plus tarder toute la misère du monde (ce qui ne signifie pas que chaque lycéen et chaque lycéenne soient prêts à partager leur chambre, leur salle de bains et leurs céréales du matin avec une famille arménienne ou une famille kosovare, ni même qu’ils renoncent à leurs vacances de la Toussaint pour maintenir la pression sur le gouvernement).

Leur générosité fût-elle plus théorique qu’effective et plus émotionnelle que réfléchie, il serait malvenu de railler ou de blâmer l’élan du cœur qui pousse des adolescents à se solidariser avec leurs camarades expulsés. Mais, sauf à céder aux facilités de la démagogie, on se doit de leur dire que cette générosité est dévoyée. Ce n’est pas parce qu’il était étranger, ce n’est pas parce qu’il était arménien, ce n’est pas parce que la France et M. Valls seraient racistes, xénophobes ou égoïstes, que le jeune Khatchik a été reconduit manu militari dans son pays d’origine, mais pour vol à l’étalage, qui n’est pas la meilleure façon de se faire admettre dans le pays qui vous donne l’hospitalité. Quant à la pauvre Leonarda, ce n’est pas à la République de lui rendre des comptes mais plutôt au père violent, voleur, menteur et imposteur qui est cause de son malheur.

Générosité dévoyée, donc, mais aussi générosité manipulée. Le Front de gauche, le NPA, Lutte ouvrière, tous les groupuscules d’extrême gauche et la gauche du PS se sont naturellement abattus comme des rapaces sur deux faits divers qu’ils ont racontés et travestis à leur manière dans l’intention de mieux les récupérer. Mais c’est surtout, comme on pouvait s’y attendre, la FIDL, l’UNL, SOS Racisme, l’UNEF, qui ont sauté sur l’occasion. Le passage par ces organisations est depuis des années, quasi institutionnellement, la première étape et le point de départ du cursus honorum des dirigeants socialistes de ce pays, et ce n’est pas Jean-Christophe Cambadélis, David Assouline, Harlem Désir ou Delphine Batho qui me démentiront. Les agitateurs d’aujourd’hui sont les cadres de demain, et nous pouvons dès aujourd’hui inscrire dans nos tablettes le nom d’Ivan Dementhon, ce jeune leader lycéen qui a promis que les manifestations reprendraient à la rentrée. Le malheur des uns est le tremplin des autres.

18 octobre 2013

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