Editoriaux - Histoire - Justice - Politique - Table - 11 novembre 2014

Affaire Fillon-Jouyet : une preuve de l’indépendance de la Justice

Dans quelle nasse François Fillon s’est-il encore mis ?

[…]

En prenant d’infinies précautions, quelques plausibilités psychologiques et politiques sont susceptibles d’éclairer.

Le rapport de force, voire de violence, entre Nicolas Sarkozy et François Fillon depuis la défaite du premier et l’ambition présidentielle du second est à l’évidence d’une telle intensité que tout est possible, et en particulier le recours à des manœuvres à la fois imprudentes mais qu’on espère décisives de la part de l’un des rivaux.

Il n’est pas non plus indifférent que Jean-Pierre Jouyet ait été sollicité, non seulement à cause de leur collaboration sous la présidence de Nicolas Sarkozy mais aussi en raison de la psychologie du secrétaire général, personnalité souple, très intelligente, tolérante, trop bavarde paraît-il, capable de tout comprendre et fidèle plus que jamais au président de la République après une parenthèse de plus d’un an qui avait suspendu leur amitié profonde et complice.

Comment Jean-Pierre Jouyet a-t-il pu cependant se laisser aller devant ces deux journalistes compétents et redoutables à de telles confidences dont il ne pouvait pas ignorer qu’un jour elles sortiraient et feraient des ravages ? Sans lui, sans cette indiscrétion capitale, le déjeuner du 24 juin, en tout cas ce qui s’y est dit, serait demeuré inconnu. Henri Guaino qui raffole de la « castagne » lui demande évidemment de s’expliquer.

Pour François Fillon – je l’affirme sans ironie -, il n’a sans doute pas compris qu’il avait changé de quinquennat et que ce président de la République préférait, par une heureuse indifférence, la liberté et l’indépendance de la justice ; alors que son prédécesseur, par un déplorable impérialisme, prétendait entraver l’une et l’autre dans les affaires qui regardaient, selon lui, l’Etat, ses manipulations et ses coulisses discutables.

François Fillon est aussi malheureusement révélateur de l’attitude d’une classe politique qui non seulement n’a pas intégré le rôle éminent de la Justice mais s’obstine à la vouloir soumise au pouvoir en place. Si elle vante pour la façade son importance, elle est toujours prête à demander au président ou à ses collaborateurs de faire le nécessaire pour que les magistrats n’aillent pas pratiquer comme s’ils étaient réellement libres !

Le seul qui, dans cette histoire de flous, sauve sa mise est le président de la République. Il confirme que l’unique crédit dont il doit bénéficier, la seule anaphore réussie et concrétisée concernent l’indépendance de la justice. Ce n’est pas rien. L’écart n’en est que plus aveuglant, plus brutal entre la politique pénale calamiteuse du garde des Sceaux et cette indéniable avancée démocratique par rapport au quinquennat précédent.

Mais dans quelle nasse Jean-Pierre Jouyet a-t-il donc mis François Fillon ? Dans quelle nasse s’est-il mis lui-même ?

Extrait de : Une histoire de flous !.

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