Ce vendredi 27 décembre 2013, Manuel Valls annonçait par un communiqué sa volonté « d’étudier toutes les voies juridiques » afin de faire interdire les spectacles de Dieudonné. Seulement voilà, ministre de l’Intérieur ou pas, la loi est claire : il n’est pas (encore) possible d’interdire à quelqu’un de se produire et s’exprimer sur l’unique base des propos qu’il pourrait tenir dans le futur, si tant est que ces derniers soient répréhensibles.

Mais vous connaissez bien monsieur Valls, il n’aime pas que les choses lui résistent. C’est un ministre, un vrai, et puisque la loi s’acharne à lui faire obstacle, il va se charger de la petite insolente et la tarabuster martinet à la main, ça lui servira de leçon. C’est ainsi qu’il a dit « n’écarter aucune possibilité, y compris celle d’un durcissement » de la coquine en question.

Eh bien voilà ! Nous y sommes ! Il y a quelques semaines, l’affaire Taubira. Aujourd’hui, l’affaire Dieudonné. Le spectre du racisme d’abord, celui de l’antisémitisme ensuite. On convoque, coup sur coup, les deux grands piliers de l’indignation offusquée face au retour des heures les plus sombres de notre histoire et l’on pave, lentement mais sûrement, le chemin qui nous amènera droit vers la liberté de fermer notre gueule. Je vous le dis, chers amis, on nous prépare une loi Gayssot version 2014. Le gouvernement a peut-être oublié par deux fois de nous souhaiter un joyeux , mais il n’a pas négligé de remplir nos petits souliers. Merci, c’est vraiment trop de bonheur.

Et comme nous sommes encore en pleine période de fêtes et que nos ministres sont en semi-vacances, nous avons tout le loisir d’imaginer ce que Sa Majesté de l’Intérieur entend faire des libertés qui sont les nôtres. Nous connaissions déjà le panier à salade pour les dangereuses grands-mères veilleuses, les dissolutions arbitraires qui touchent les uns et épargnent les autres, les procès pour délit d’opinion. À quand l’échafaud pour tous, et le goulag pour ceux qui auront l’outrecuidance de rappeler que la courbe du chômage ne s’est toujours pas inversée ?

Car l’on ne va pas se mentir : cette affaire n’est qu’un prétexte. Agiter un péril pour imposer une solution, tel est l’éternel principe en vigueur pour qui veut leurrer le peuple tout en lui faisant aimer ses propres chaînes. Mais l’espoir réside peut-être dans le mécontentement croissant de citoyens qui semblent de plus en plus en plus décidés à les rompre.

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