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Editoriaux - Télévision - 12 mai 2016

Affaire Baupin : quels enseignements ?

L’affaire Baupin est l’occasion de s’interroger sur l’humour et le féminisme en France.
 
Oh ! il ne s’agit ni d’être bégueule ni de s’asexuer ; les Gaulois rient de tout, et il serait bien qu’il en reste ainsi.

Mais les sketchs lourdingues, sans élégance ni finesse, dont Bedos s’est fait l’apôtre contribuent à répandre un langage machiste chez tous les hommes.

De même, Sophie Daumier diffusait un regard féministe de détestation du genre masculin supposé, forcément, n’avoir en tête qu’un appétit sexuel.
 
On pourrait se croire à cent lieues de l’affaire Baupin et pourtant… Quand Jean-Marie Bigard fait son sketch du “lâcher de salopes”, on y trouve aussi une vision des relations homme/femme fondée sur la recherche de rapports sexués immédiats, et comme « obligés » ! Des femmes, irréfléchies, sont en la matière également coupables de se rendre dans les salles où sont donnés ces spectacles ; et d’en rire. Car ceux-ci diffusent et vulgarisent le langage du mépris en lieu et place de celui de l’amour courtois.

La parole appauvrie de tout respect, et finalement toute amitié, libérée des conventions et de la délicatesse, se trouve ramenée au niveau du cerveau reptilien et de la quête d’autrui perçu comme une proie.
 
Cet humour, véhiculé plus que très largement par des dizaines d’heures de télévision, chez Ruquier, Hanouna, etc., dans un registre plus bas que celui d’une cour d’école d’adolescents boutonneux découvrant leurs premiers émois réduit le spectateur à la bassesse humaine de laquelle toute surnature est absente.

Il légitime, dans le quotidien, une attitude graveleuse similaire. Pire : il l’enseigne et, finalement, la banalise. Il fait disparaître la gêne d’entendre de telles grossièretés, images littérarisées dans un langage dont la pauvreté sémantique – bien inférieure à celle de San-Antonio – se retrouve, via les manuels scolaires version Najat Vallaud-Belkacem, dans un “T’es bonne !” devenu la reductio ad vaginum de l’expression de l’admiration ou du désir.
 
Quand une élue se voit dire ce mardi par un collègue qu’il lui ferait bien « une Baupin », on ne peut s’empêcher de songer à cette banalisation de la vulgarité et de la possession dans les relations humaines.
 
Usant de leur pouvoir, des rapports de soumission qui en découlent, certains passent du langage oral au langage manuel d’un geste déplacé, une privauté volée, plaquent des jeunes femmes contre les murs pour les embrasser contre leur gré, violenter leur poitrine ou leur mettre la main aux fesses. Avant d’aller plus loin et de finir au Sofitel…
 
Puissent les éducateurs réfléchir à leur rôle et se garder de perpétuer de quelque façon que ce soit un style de pensées, de regards, de paroles et d’actes contribuant à cette bestialisation. Puissent des hommes envisager les rapports autrement. Le christianisme et le judaïsme éducateurs restent de bons modèles. Les seuls.

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