Accueil des réfugiés : comment répondre à l’argument moral ?

La décision d’ouvrir grandes les portes de l’Union européenne aux réfugiés du Proche-Orient, décision unilatérale prise par l’exécutif européen sans consulter ni le Parlement ni (encore moins) les électeurs, est, du strict point de vue de la rationalité économique, de la pure folie. Il est assez facile de le démontrer, mais hélas inutile, car une fois de plus, c’est l’argument moral qui a été mis en avant pour faire avaler la pilule aux électeurs, un argument en face duquel ils se sentent désarmés. C’est bien dommage, car pour une fois, il est facile de le démonter. Explications.

Premièrement, les Syriens qui arrivent en Europe ne sont pas des réfugiés mais des migrants. Par définition, en temps de guerre, un réfugié se met à l’abri dans un pays limitrophe car il a vocation à rentrer chez lui la paix revenue. Sont donc réfugiés les Syriens de Turquie et du Liban. Les autres, qui quittent volontairement une terre d’asile où ils ne sont pas en danger pour refaire leur vie en Europe, sont tous des migrants économiques. L’assistance aux réfugiés est du ressort de l’agence des Nations unies pour les réfugiés et des ONG telles que la Croix-Rouge internationale, et s’il y a lieu, il faut faire appel à la générosité des nations dites riches. C’est par ce canal-là et pas un autre.

Deuxièmement, rien n’autorise un gouvernement à engager le pays dans une politique pour laquelle il n’a pas été élu, sauf cas de force majeure. Et même en cette dernière circonstance, il ne peut invoquer la morale car, n’étant déjà pas juge de ce qui est constitutionnel, il l’est encore moins de ce qui est moral. C’est d’ailleurs très bien ainsi. La preuve : en 2003, Tony Blair passe outre l’opinion publique et envahit – pour des motifs moraux – l’Irak aux cotés des Américains avec le résultat désastreux que l’on sait.

Troisièmement, migrants ou réfugiés, peu importe, il est parfaitement immoral de se prévaloir de générosité en mettant à contribution un tiers. Or, c’est précisément ce que fait le gouvernement lorsqu’il engage des financements publics au profit des étrangers en ayant recours à l’emprunt. Si un État n’a pas les moyens de sa générosité, il doit l’assumer et non engager les générations futures. Plus généralement, un gouvernement n’a pas à être généreux car il ne possède rien en propre : son mandat consiste à administrer au mieux des intérêts de la nation. En l’espèce, le gouvernement devrait se cantonner à définir un cadre légal adapté pour que la générosité du secteur privé puisse s’exercer.

Quatrièmement, c’est une faute morale de laisser croire aux nouveaux arrivants que l’Europe est un eldorado alors que ce n’est pas vrai. C’est aussi une faute morale de laisser croire aux populations autochtones que les nouveaux arrivants pourront s’intégrer, alors que ce n’est pas vrai. Si l’afflux massif et incontrôlé des migrants devait déboucher sur des conflits et des victimes – et c’est inévitable -, c’est le gouvernement et personne d’autre qui en porterait l’entière responsabilité.

Stricto sensu, le petit Aylan n’a pas été une victime de la guerre en Syrie mais de l’imprudence de son père et de la cupidité des passeurs, laissés libres d’opérer par les autorités turques. Tout est parti de ce terrible mensonge, et une politique fondée sur le mensonge ne peut conduire qu’à un désastre.

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