Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 23 novembre 2017

Aberration inclusive : l’idée, quoi qu’on en dise, prend ses marques…

L’une des meilleures façons de faire disparaître une culture, c’est d’en changer sa langue, et son expression, le langage. Le langage, c’est une communication, donc une action. En changeant le langage, on change un comportement. Aussi, la langue permet d’exprimer une idée, et quand on change son expression, on change son idée, son concept. L’écriture, elle, est l’instrument de la pensée. Voilà le champ de bataille des néo-féministes. Mais le mal est encore pis ailleurs : la langue française en elle-même est menacée de sa substance.

On en ricane mais, en réalité, on rit jaune. On se rassure en réduisant cet élan progressiste à un petit milieu parisien aux allures séditieuses, hors-sol. L’idée prend toutefois ses marques, et pas qu’en France. Si cet artefact déboulait dans nos classes maternelles, il faudrait une ou plusieurs générations pour en sortir. Ce combat, comme bien d’autres, dépasse la simple idéologie politique qui veut placer l’égalitarisme comme vecteur d’une société plus humaine et plus républicaine. On s’attaque à des siècles d’Histoire, à une phraséologie spécifique, à une anthropologie linguistique.

L’Académie française, dernier rempart institutionnel, a récemment réprimé cette “aberration inclusive”, comme un dernier soupir devant les feux croisés de ces soldats de la novlangue.

La langue de Molière est menacée à sa base, qu’on voudrait transformer à son insu – quelle ingratitude. À titre d’exemple, l’écriture inclusive n’aura tenu que vingt ans au Canada. La réalité reste le meilleur avocat.

Aux défenseurs de la langue de Molière de saisir la balle au bond face aux parangons de l’égalitarisme. Notre langue est unique, elle a été la langue de référence, elle est la langue des diplomates, et nombre d’auteurs, artistes et écrivains ont imprégné de leur génie la France et sa culture. La francophonie connaît, elle aussi, une émulation surprenante, selon certaines projections.

Elle est, et a toujours été, reconnue comme la langue de la clarté. Le combat se situe au-delà même du débat “genré”, il s’agit de ce qui fait l’exclusivité de la langue française, et l’on trouve cette exclusivité dans la phrase. Par leur combat, les progressistes veulent détruire la substance de la phrase, car ils ne s’arrêterons pas à de simples accords de genre. À ceux qui feront valoir l’argument consistant à expliquer que la langue française s’est enrichie au cours des siècles, et qu’en ce sens il s’agit là de l’évolution logique, il s’agit d’un mélange boiteux entre évolution et constructivisme. La langue française, comme toute langue, évolue pour se parfaire, parfois s’assouplir. Ici, il s’agit d’une soubassement idéologique remettant en cause le principe même de la langue française, écrite et orale.

Confronté à la réalité quotidienne d’apprendre correctement notre langue, fruit d’un patrimoine millénaire, ajouter une confusion et une illisibilité telle est un gage d’échec.

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