Editoriaux - Politique - 3 juin 2014

Abdication de Juan Carlos : et pourquoi pas François H ?

En France, Charles X et Louis-Philippe Ier l’ont fait sous la pression du peuple. En Angleterre, Édouard VII l’a fait par amour. D’autres en raison de leur âge ou parce qu’ils et elles ont estimé nécessaire de laisser la place aux plus jeunes, quand la charge était devenue trop lourde.

L’abdication de Juan Carlos en faveur de son fils Felipe est plus qu’un symbole. Après presque 40 ans de règne, le roi d’Espagne a su donner d’innombrables gages démocratiques, inscrire la monarchie dans le paysage politique ibère. Mais pas encore l’ancrer.

Le roi Juan Carlos, que la maladie n’a pas épargné, se savait aussi exposé et amoindri par les scandales qui ont émaillé sa fin de règne : dépenses somptuaires en pleine crise économique, chasses à l’éléphant, détournement de fonds de son gendre (affaire Nóos), etc. Pour sauver l’institution royale qu’il incarnait et la rapprocher d’un peuple qui commençait à s’en éloigner de plus en plus, il a compris que son temps était passé. Pas moins de 62 % des Espagnols réclamaient, encore en février dernier, son abdication. Juan Carlos a entendu le message du peuple. Il se retire comme Albert II de Belgique, Beatrix de Hollande, Benoît XVI ou encore comme de Gaulle l’avait fait en 1969 après son échec au référendum du 27 avril.

Il aurait pu, comme Élisabeth II le souhaite pour elle-même, « aller jusqu’au bout » et donc mourir en charge. Mais pour quoi faire ? En abdiquant, Juan Carlos veut réconcilier le pays légal et le pays réel. Il a (enfin ?) compris que lorsque le lien entre le peuple et le chef de l’État se délite, il est temps, pour la sauvegarde du pays, pour son redressement, de passer la main. Il le fait aussi à un moment où le pays retrouve des couleurs sur le plan économique.

Partant du principe que « Qui peut le plus peut le moins », pourquoi François Hollande ne démissionnerait-il pas ? Ne dispose-t-il pas de pouvoirs infiniment plus importants qu’un monarque constitutionnel ? N’est-il pas responsable du chaos politique économique et social qui secoue notre pays ? N’incarne-t-il pas le monarque républicain par excellence ?

N’a-t-il pas pris conscience du fossé inexorable qui se creuse entre lui et le peuple ? Qu’il n’est plus crédible et surtout qu’il incarne plus que tout autre les ressentiments d’une majorité prépondérante de Français : l’indécision, l’attentisme, l’immobilisme, la déchéance, la régression… ? Alors, M. Hollande, quand ferez-vous preuve de courage et vous démettrez-vous pour le bien de votre pays… qui vous en saura alors infiniment gré ?

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