Stephane Le Foll, le ministre de l’Agriculture — dont l’intrépidité et le flegme en tant que porte-parole du gouvernement n’ont d’égal que ceux du chef d’orchestre de feu Hé oh le Titanic — était l’invité, sur la radio publique (Inter, pour les intimes), du “7/9” de Patrick Cohen, pigiste dont l’impartialité notoire est au journalisme – et toujours dans le registre orchestré – ce qu’est le pétomane à la 9e symphonie.

En total respect de la mission spécifique de décryptage de l’information (sic !), les sujets chauds de l’actualité ont été abordés ; les quotas de lait et ceux des suicides des agriculteurs soumis à la libéralisation des marchés, le discours du libéral , les vacances prolongées de l’écolo M. Hulot, puis, sans transition, de pestes et de pesticides, de violences policières et/ou de maltraitances animales dans certaines manifestations et/ou abattoirs (ou vice versa).

Sur les accusations de violences dites policières, Le Foll est intransigeant : « Les policiers qui ne respectent pas le droit républicain sont condamnés, les procédures ont été respectées et les policiers jugés » car « on est dans un état de droit et il est parfaitement respecté ». Hé oh ! on ne badine pas avec les lois de la République, et pis-quoi-encore ?

En revanche, l’intransigeance était toute relative en réponse à la question épineuse de la maltraitance animale dans certains abattoirs, et notamment de l’abattage rituel imposé par deux religions dont – chut ! – la nature est rituellement occultée, car Hé oh ! tous les cultes ne sont pas égaux face aux valeurs républicaines, on le sait bien. Par expérience.

Et le tribun de la République laïque de rétorquer :

On me demande, à moi, de résoudre un problème qui est lié à des religions qui ont 2.000 ans, comment ça se fait que ça existe encore. Moi j’ai essayé de régler, j’ai eu des discussions et on essaye d’améliorer les choses. Il y a un code, des règles qui s’appliquent maintenant sur ces sacrifices [une dérogation est prévue pour le halal et le casher, rappelle Patrick Cohen] et j’ai essayé de savoir si on peut rediscuter de ces dérogations ou les remettre en cause. On est dans un pays où on respecte la liberté de conscience […] Ce n’est pas moi qui décide et les autorités religieuses me disent non. »

Et de conclure sur le sujet : « Je suis face à des autorités religieuses et j’essaie de faire en sorte de faire respecter les règles de bien-être partout, et à chaque fois que c’est possible de discuter avec les autorités religieuses, mais je n’ai pas de pouvoir sur elles. »

Entre les dîners du mois de ramadan et ceux du CRIF, le porte-parole d’un gouvernement adepte d’un laïcisme à deux vitesses, islamophile et judéophile d’une part, et christianophobe d’autre part, avoue son impuissance patente à faire respecter par certaines “autorités religieuses” les sacro-saints principes républicains.

À quoi bon, alors, nous bassiner les oreilles à longueur de discours sur les valeurs d’une République qui, à défaut de pouvoir protéger ses propres citoyens, n’a même plus la pudeur de porter assistance à ses bêtes. Une République frustrée dont la soumission complice face aux revendications archaïques de certaines communautés se transforme en simulacre d’autoritarisme envers les plus dociles de celles-là. Pauvre République…

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