À Rome, reconstruction de la statue colossale de Constantin : un manifeste anti-woke ?

Constantin

Dans les jardins du Capitole à Rome, tout près de la roche Tarpéienne, on peut admirer, depuis le 6 février 2024, la reconstitution de la statue colossale de l’empereur Constantin. Haute – comme l’original – de 13 mètres, cette statue a bénéficié des techniques les plus avancées en matière de reconstitution 3D mais elle a, bien sûr, été précédée d’un important travail archéologique et historique à partir de sources littéraires et épigraphiques.

De nombreux éléments de cette statue colossale de Constantin (IVe siècle après J.-C.) ont été découverts au fil des siècles et se trouvent aujourd’hui dans la cour des musées du Capitole : les plus célèbres sont, bien sûr, les pieds gigantesques, la tête, la main, et donnent à voir pour le visiteur pénétrant dans la belle cour du palais des conservateurs, dessinée par Michel-Ange et siège du musée, un aperçu du culte de la beauté et de la grandeur qui ont perduré jusque sous l’Antiquité tardive. Ces éléments épars ont été ensuite scannés en utilisant la technique de la photogrammétrie.

Une étude minutieuse pour reconstituer posture et attributs de Constantin

Le travail des archéologues a permis de reconstituer la posture et les attributs de l’empereur ainsi représenté : « Selon un schéma iconographique typique de l'époque, qui assimilait l'empereur à une divinité, Constantin est représenté en Jupiter, le haut du corps découvert et le manteau en bandoulière, le bras droit tenant le sceptre à longue tige et la main gauche le globe terrestre », la sculpture étant en acrolithe, les parties de son corps en marbre blanc de Paros et le drapé de la tunique en métal ou en stuc doré.

À partir de cette étude minutieuse et des fragments existants, la statue a pu être modélisée avant d’être reconstituée. Les matériaux utilisés allient tradition et modernité : « la résine et le polyuréthane, ainsi que la poudre de marbre, la feuille d'or et le plâtre ont été choisis comme matériaux pour rendre les surfaces matérielles de marbre et de bronze, tandis qu'un support en aluminium facilement assemblable et amovible a été utilisé pour la structure interne », peut-on lire sur le site des musées du Capitole.

Cette réalisation a été rendue possible par la collaboration entre la ville de Rome, la fondation Prada et la Factum Foundation for Digital Technology in Preservation. Depuis son installation, nombreux sont ceux, romains et touristes, qui se pressent devant le colosse.

À Rome, on reconstruit en grand !

Placée dans les jardins de la Villa Caffarelli, adjacente aux musées capitolins et d’où la vue sur Rome est époustouflante, la statue reconstituée étonne et choque avant tout par son gigantisme. Comme si notre époque, avide de « petits plaisirs minuscules », pour paraphraser l’écrivain Philippe Delerm, avait conformé l’homme du XXIe à penser et vivre chichement, sans autre rêve de grandeur qu’un trek dans les Carpates ou un soulèvement de la Terre contre les méga-bassines charentaises.

L’homme moderne ne peut qu’être saisi devant ce rappel brutal de ce que fut la civilisation : ici Constantin, l’empereur victorieux de la bataille du Ponte Milvius, celui qui fit la paix avec les chrétiens en signant l’édit de Milan, l’empereur conquérant et réformateur qui donna son essor à la chrétienté retrouve à Rome une place à sa mesure, à un jet de pierre de la Louve et de la statue de Marc Aurèle, sur le mont Capitolin, la colline du pouvoir dans l’Empire romain.

À Rome, donc, sous le gouvernement d’un maire de gauche, Roberto Gualtieri, dont la mauvaise gestion est pourtant décriée par tous, on reconstruit les statues au lieu de les déboulonner : lors de l’inauguration, Gualtieri a expliqué qu’« à Rome, nous essayons de retrouver les dimensions de l’Antiquité et notre connaissance et perception des chefs-d’œuvre du passé, dont nous conservons des traces et des fragments ».

À Rome, on restaure les légendes, on promeut les héros, on redécouvre l’Histoire, on se souvient de la grandeur passée de l’Occident et de l’aventure flamboyante que peut être une destinée humaine.

Loin, bien loin des passions tristes qui dévorent la France et des délires nihilistes qui sévissent outre-Atlantique.

Marie d'Armagnac
Marie d'Armagnac
Journaliste à BV, spécialiste de l'international, écrivain

Vos commentaires

11 commentaires

  1. « ici Constantin, l’empereur victorieux de la bataille du Ponte Milvius, celui qui fit la paix avec les chrétiens en signant l’édit de Milan, l’empereur conquérant et réformateur qui donna son essor à la chrétienté » C’est aussi lui qui donna le premier coup mortel à l’Empire romain, en introduisant le loup chrétien dans la bergerie et surtout en déménageant Rome à Byzance. Il est plus que probable que sa statue fut détruite sur ordre de son successeur Théodose qui décréta le christianisme religion d’Etat et ordonna l’éradication de tous les vestiges gréco-romains, clouant ainsi définitivement le cercueil de l’Empire. Les grandes invasions n’en furent que la conséquence, la civilisation romaine ayant perdu son âme, un peu comme la notre.

  2. Bravo les Italiens et dire que nous, certaines personnes pas tout à fait nettes déboulonnent des status des personnages qui ont fait notre histoire

  3. Pas aussi enthousiaste sur le bilan de Constantin (Ier) qui (nous dit l’article) ‘ donna son essor à la Chrétienté ‘. En réalité le christianisme se développait tout seul, inexorablement, malgré les persécutions et les massacres grâce à sa supériorité morale et mystique. Constantin a alors voulu en prendre le contrôle politique : c’est le césaropapisme dont le pur christianisme des origines a tant souffert et souffre encore.

    • Parfaitement vrai, le concile de Nicée ayant défini le christianisme officiel (nicéen) ayant été présidé par Constantin soi-même.

  4. Magnifique coup de chapeau à ce maire . » À Rome, on restaure les légendes, on promeut les héros, on redécouvre l’histoire, on se souvient de la grandeur passée de l’Occident et de l’aventure flamboyante que peut être une destinée humaine.  » Voilà une phrase qui devrait inspirer nos élus euh non nos futurs élus , de ceux au pouvoir actuellement il ne faut rien espérer ils s’acharnent à détruire , à effacer , à refaire l’histoire de ce pays au gré de leur humeur , par complaisance pour ne pas en froisser certains .

    • Bien vu , Yolande Steiner, pour la petite rectification ‘ futurs élus ´…… mais je pense comme vous, que ça devrait aller dans ce sens…

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