On s’est moqué récemment de Manuel Valls quand il a fustigé les journalistes qui feraient partie du "système".

Parce que lui-même serait en plein dedans.

Mais il faut être honnête. Chacun dispose sans doute de son antisystème de prédilection en espérant que le sien sera le plus largement répandu et que, surtout, on ne pourra pas reprocher à celui qui vitupère le "système" d’y tomber, ce qui serait une inexcusable inconséquence.

Je vais tenter ma chance.

Contre ces politiques si proches des journalistes que, comme François Hollande, ils ont confondu un métier avec l’autre.

Contre ces journalistes si proches des politiques que, tout enivrés par cette relation de complicité, ils en ont oublié l’indépendance.

Contre les puritains en gros et les malhonnêtes au détail.

Contre ces intellectuels que le réel offense et qui s’en prennent à ceux qui ont le culot de l’appréhender et de l’analyser.

Contre ces critiques qui ne savent osciller qu’entre incontournable, bouleversant, jubilatoire et nul.

Contre le sarcasme facile et la dérision bête qui se prennent pour de l’intelligence et de la culture.

Contre ceux qui attendent beaucoup plus de la France qu’ils ne lui donnent.

Contre ces artistes qui signent des pétitions et nous enjoignent de penser comme eux.

Contre ces adeptes de la liberté d’expression qui ne la désirent que pour eux.

Contre ceux qui parlent mal le français et s’en vantent.

Contre les obsédés de la judiciarisation de l’esprit plutôt que de l’affrontement des idées.

Contre ces élites qui croient tout savoir sur tout et se trompent du tout au tout.

Contre les haineux de la démocratie et les perroquets de la République.

Contre une gauche qui se croit toujours du bon côté de la conscience et de la morale sans tolérer qu’il y ait de la place pour tout le monde.

Contre ceux qui méprisent le peuple tel qu’il est et le remplaceraient volontiers par un autre s’ils le pouvaient.

Contre des débats qui rêveraient de ne pas en être en imposant une vérité officielle d’emblée.

Contre ceux qui s’imaginent ennoblir la politique en la laissant salir par des humoristes qui ne font pas rire.

Contre une droite qui a si peur de la radicalité qu’elle l’assouplit à peine victorieuse.

Contre la dénonciation mécanique du qui, souvent, n’est que le nom donné par le camp dit progressiste au peuple de droite.

Contre les présidents de la République qui ne donnent plus l’exemple de rien et s’étonnent de voir l’abstention progresser.

Contre ceux qui divisent la France en travailleurs et en inutiles.

Contre les gaullistes de pacotille et les nostalgiques paresseux.

Contre ceux qui veulent bien combattre les terroristes et les islamistes mais en étant si courtois et compréhensifs qu’ils rendent les armes avant.

Contre ceux qui accablent la classe politique mais se gardent bien de voter pour la remplacer.

Contre une justice qui, trop souvent, considère le citoyen comme un intrus au lieu de se féliciter de sa présence dans un monde qui le concerne au premier chef.

Contre la multiplication de ces lois qui visent à pallier les défaillances humaines qu’on n’ose pas sanctionner.

Contre les professionnels de la politique qui ont oublié ce qu’était l’honneur de nous représenter.

Contre ceux qui confisquent la parole.

Contre ceux auxquels le fond échappe et s’égarent dans la vulgarité, la violence de la forme.

Contre ceux qui mordent vos mollets au lieu de contredire vos idées.

Contre les trop inclus et les faux exclus.

Contre ce qui fige, solidifie, étouffe, interdit, massifie, contre tous les pluriels, contre les bourreaux de la liberté.

Mon antisystème est composé de ces hostilités et de ces incompréhensions. Et pourrait l’être de tant d’autres. Il me semble qu’il est cohérent et supporte la comparaison.

Ma seule interrogation : suis-je digne, suffisamment hors système, pour intenter ce procès ?

Extrait de : Mon antisystème à moi…

18 décembre 2016

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