Ceux qui suivent de près l’actualité en rapport avec la crise grecque vous le diront : de toutes les parties prenantes à cette affaire, celle qui jusqu’à ces derniers jours s’était montrée la plus dure avec les Grecs, c’est Christine Lagarde ; plus dure encore que l’intraitable Wolfgang Schäuble. Il est donc fort surprenant que le FMI – à deux jours d’un référendum crucial non seulement pour la Grèce mais pour l’Union européenne – rende public un rapport interne dont la conclusion rejoint quasiment en tous points la position défendue par Aléxis Tsípras depuis des mois, à savoir que tout nouveau plan de réduction des dépenses publiques devrait être accompagné impérativement d’une nouvelle renégociation sur la dette grecque existante – 30 % d’abandon de créances supplémentaire pour être précis, soit environ 100 milliards d’euros. Le FMI voudrait-il donner un coup de pouce au camp du « non » ? C’est douteux, car il ressort des confidences recueillies par la presse que ce rapport était sur le bureau de Christine Lagarde depuis février dernier au moins et, donc, qu’elle en aurait caché l’existence sous la pression des partenaires européens. Pour l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, en termes d’image, c’est désastreux et, pour le FMI, pas mieux.

La seule explication qui tienne renvoie à ce qui s’est passé quelques jours plus tôt, à savoir le défaut de paiement historique d’une échéance de 1,5 milliard d’euros due par la Grèce au FMI. Historique, car ce n’est que la cinquième fois que le FMI enregistre un défaut de paiement après le Pérou, le Soudan, la Zambie et, dernier en date, le Zimbabwe en 2001. Historique, parce que le montant du défaut est sans commune mesure avec les précédents. Historique, parce que les en-cours du FMI sur la Grèce s’élèvent, au total, à 30 milliards d’euros, ce qui constitue, et de loin, un record pour cette institution. Pour Christine Lagarde, la perte de face est cinglante, car même si le plan de sauvetage de 2010 avait été approuvé sous la gouvernance Strauss-Kahn, nul n’ignore à Washington que ce sont Christine Lagarde (alors ministre des Finances de Nicolas Sarkozy) et Juan Manuel Barroso qui avaient poussé pour faire entrer le FMI dans la danse. On peut imaginer – et j’emploie ici une formule triviale mais ô combien évocatrice – que ses oreilles ont dû siffler, d’où ce revirement de dernière minute. Au final, le résultat est terrible, car d’aucuns commencent à dire haut et fort que si la directrice du FMI, au lieu d’écouter ses amis européens, avait rendu public ce fameux rapport sur la dette grecque au mois de février dernier, nous n’en serions pas là.

Nous ne savons pas si Christine Lagarde, en poste jusqu’en juin 2016, briguera un deuxième mandat, mais si tel est son souhait, elle va devoir redresser la barre. Il est déjà notoire que la mainmise américano-européenne sur la direction du FMI et de la Banque mondiale est fortement contestée par un groupe toujours plus important de membres. La gestion de la crise grecque ne va pas arranger les choses.

Une anecdote toute récente rend compte parfaitement de cette acrimonie grandissante à l’encontre des Européens. Interrogé sur France Inter, Michel Sapin, le ministre des Finances français, avait déclaré que l’Argentine et le Brésil figuraient parmi les pays en pointe pour exiger du FMI une position ferme sur la Grèce. Une déclaration totalement mensongère – ce qui, sur le dossier grec, est une constante depuis des mois – mais invérifiable par les journalistes et, donc, fort commode. Sauf que moins de 48 heures plus tard, ces deux pays, qui auraient pu garder le silence dans cette affaire somme toute mineure, n’ont pas hésité à rendre public un démenti formel accompagné d’une déclaration très ferme allant dans le sens exactement opposé.

5 juillet 2015

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