Les rois du pétrole ont acheté nos palaces, nos hôtels particuliers, nos clubs de foot, nos entreprises, nos mannequins… Les milliardaires chinois (30 de plus chaque année) sont en train de racheter les châteaux du Bordelais, les gaziers russes ont investi la Côte d’Azur et les nababs des BRIC se partagent le reste. Et pour ce qui n’est pas encore vendu, eh bien… on cherche à le vendre.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes, en effet, de constater qu’à l’heure où l’on menace de rafler les clients des prostitué(e)s pour atteinte à dignité de la personne, le pays tout entier fait de la putasserie institutionnelle un espoir de renouveau économique. Ainsi la France se lance dans le « naming », activité qui consiste pour une entreprise à donner son nom à une enceinte sportive contre finances. Cette belle idée, qui nous vient bien sûr en droite ligne des États-Unis où tout s’achète et tout se vend, a déjà séduit certains de nos voisins européens, Anglais et Allemands notamment. Alors bien sûr, au moment où tant de nos municipalités sont au bord de la faillite, la démarche est tentante.

Rouen, qui a vendu son palais des sports à la marque Ferrero, vient de le baptiser Kindarena, une pétition de locaux furieux ayant refusé Kinder. On se demande pourquoi. Le Mans, dont les mutuelles sont aussi connues que les rillettes, a pris les devants avec son stade MMArena, et Nice envisage de nommer le sien Allianz Riviera. , Marseille et surtout Lille, qui inaugure tout juste son Grand Stade, sont à la recherche de semblables partenariats. L’entourage de Martine Aubry l’avoue : la communauté de communes espère tirer de cette opération 5 millions d’euros. Le prix pour s’appeler Mercedes ou Google. Ou Mercegoo Stadium pour berner les gogos.

Sur le même principe, on peut imaginer demain un CHU Pampers, un théâtre McCain, une université Apple. Et pourquoi pas des lycées Converse, ou mieux, des collèges Abercrombie & Fitch. Ça, ça plairait ! On peut même parier que les petits enfants seraient contents de remettre l’uniforme pour aller à l’école. Et puis ça ferait consensus, comme on dit. Ça mettrait tout le monde d’accord et éviterait la honte de devoir étudier sous le parrainage des Chardonne, Schmidt ou Morand, tous ces accusés de fascisme viscéral et de révisionnisme rampant contre lesquels on a fait défiler des hordes de boutonneux ignorants exigeant que leur lycée change de nom. Il est vrai que certains avaient alors demandé qu’il fût nommé Coluche ou… McDonald. Leurs vœux seront bientôt exaucés.

22 novembre 2012

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