C’est au JT de France 2. On tend le micro à une ronde Mme Martinez, enseignante en musicologie à l’université Paris VIII. Dans son français à l’accent étranger fortement marqué, elle explique qu’à l’instar de nombre de ses collègues, elle a décidé de valider automatiquement le second semestre de ses étudiants, cela « de façon à ne pas pénaliser ceux qui sont engagés dans la lutte » (sic). Elle a donc mis 14/20 à tout le monde.

Ses collègues enseignants en philosophie ont décidé, quant à eux, lors d’une assemblée générale avec leurs étudiants, « de mettre la note de 13 sur 20 à tout le monde ».

Sur BFM TV, on apprend que les étudiants en cinéma ont tous reçu le 20 avril dernier un mail leur annonçant que « l’équipe enseignante a décidé collégialement d’attribuer automatiquement une note non modulable de 16 sur 20 ». Une décision qui « se justifie par la forte mobilisation des étudiants, comme des professeurs, contre la loi Travail ».

De vous à moi, je vous le dis en confidence : je trouve tout cela bien mesquin. Pourquoi s’arrêter à 14 ou à 16 ? Je serais d’avis de donner l’agrégation à tout le monde. Et pour les “étudiants en cinéma”, on pourrait aussi leur offrir une petite virée à Cannes avec séjour au Martinez et montée des marches en smoking et robe du soir. Ça aurait de la gueule, non ?

Ce que l’on a oublié, ou bien ce que l’on ignore, c’est que « Paris VIII Vincennes Saint-Denis » a un passé et ne fait, en cela, que respecter la « tradition maison ».

Paris VIII est l’enfant naturelle du Centre universitaire expérimental de Vincennes, dont les figures de proue étaient les Deleuze, Foucault et Cie. Créée au lendemain de 68, dotée d’une très large autonomie financière, Vincennes se veut alors un laboratoire des « nouvelles pédagogies ». On y accueille en masse les non-bacheliers et les bacheliers de 68 à qui l’on a fait cadeau du diplôme : le bac 68 fut en effet « donné », avec un taux de réussite de 81,3 %, soit 30 points au-dessus de la moyenne habituelle (ce qui ne représentait alors que 20 % d’une classe d’âge quand on est au-delà de 60 % aujourd’hui). Après Nanterre, la fac de Vincennes est le nouveau repère des communistes, maoïstes et gauchistes extrêmes de toutes sortes. Profs et étudiants y sont copains, on bannit les cours magistraux, tout se vaut et tous sont égaux, les profs réellement diplômés comme les charlots, si bien qu’on en arrive vite à supprimer toute forme de contrôle.

Alors, pour citer Wikipédia, « “Vincennes” voit peu à peu son état matériel et pédagogique se dégrader : tandis que des éléments du mobilier sont dévastés ou volés, que la saleté confine à l’insalubrité, les inscriptions factices qui se multiplient en vue d’accroître les dotations, et surtout la disparition progressive de toute évaluation crédible des étudiants, conduisent au refus d’homologation des diplômes qui y sont délivrés. » En 1980, le maire de Paris Jacques Chirac et le gouvernement Barre décident de mettre un terme à la chienlit. L’université est expulsée du bois de Vincennes et les bâtiments rasés.

Elle renaît à Saint-Denis sous le nom de Paris VIII, avec « des enseignements marqués par les innovations pédagogiques héritées du Centre universitaire expérimental de Vincennes ». Notamment des cours « semestrialisés » et le contrôle continu… Sauf lorsqu’il est discontinu. Et c’est alors qu’au nom de la justice et de la démocratie, on fait cadeau du diplôme à tout le monde !

18 mai 2016

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