Longtemps la souveraineté des États fut un droit illimité, seulement tempéré par une éventuelle conquête. Mais le malheur trop visible, aux yeux de la communauté internationale, des ressortissants de certains États a porté les politiciens sensibles à une réflexion qui justifie qu’un justicier-sauveteur aille mettre le nez, la patte et le menton dans les affaires de l’État dont le gouvernement pèche. On a appelé cela de divers noms, « assistance humanitaire », « droit ou devoir d’ingérence » ou même « responsabilité de protéger ». Ainsi George W. Bush a-t-il apporté la démocratie en et soustrait les Sudètes aux brimades d’Édouard Bénès.

En France, l’une des mouches du coche les plus actives de la chose fut Bernard Kouchner, French doctor et ministre. S’il n’avait d’autres motifs de satisfaction de soi-même, celui-là suffirait à lui garder le poil luisant et l’œil vif.

Cependant, il fait penser aujourd’hui, l’actualité libyenne aidant, à une autre mouche de La Fontaine et à celui qui voulut la chasser, L’Ours et l’Amateur des jardins. L’ancien responsable des affaires étrangères n’était plus aux manettes quand Nicolas Sarkozy, “reconnaissant l’opposition libyenne”, décida de porter la guerre sur le rivage des Syrtes et d’éliminer Kadhafi, mais il jugea cela “courageux”. Aujourd’hui que le vent a tourné et que la transition démocratique a viré au carnage et à la guerre civile (même pas : tribale), Bernard Kouchner s’est courageusement retourné contre l’ancien Président. Et il évoque avec des trémolos dans la voix les « migrants » qui traversent la Méditerranée. C’est super chouette, mais ne devrait-il pas en profiter pour se poser des questions sur les principes qu’il a défendus et sur leurs conséquences ?

Il y a un procès qui devrait l’interpeller, lui, l’ancien représentant spécial de l’ au Kosovo, le zélateur du TPI de La Haye : celui de Saïf al-Islam, le deuxième fils de Mouammar Kadhafi, le préféré. Ce garçon, Londonien féru de démocratie suisse, avait cru devoir prendre les armes en 2011, il vient d’être logiquement condamné à pour cela par un tribunal siégeant à Tripoli. Le piquant de la chose est qu’il n’a assisté qu’à certaines audiences par connexion satellite. Il est en effet prisonnier à Zintan, à 150 kilomètres de la capitale. Une des factions locales l’y garde précieusement en otage, à toutes fins utiles. Voilà un objet juridique à offrir à la réflexion des partisans de la responsabilité de protéger, ils pourront s’en prendre à la virginité de millions de drosophiles. Devant le chaos qui règne de Tripoli à Al Malikiyah et Bassora, il serait peut-être temps que les ours angéliques et leurs pavés méditent sur la fin de la fable qu’on dirait écrite pour eux :
 
« Le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide étendu sur la place il le couche.
Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
 »

30 juillet 2015

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