Il paraît que "les émissions politiques seraient à bout de souffle et devraient se réinventer".

À bout de souffle, je n’y crois pas une seconde.

Il suffit de constater à quel point les débats de la primaire LR ont intéressé bien au-delà des passionnés de la politique. Ce qui manifeste que les enjeux, l’équité, l’écoute et la contradiction favorisent une adhésion que des émissions plus classiques ne parviennent plus à susciter.

En revanche, pour ces dernières, on peut en effet imaginer d’autres modèles qui ne seront d’abord opératoires et réussis que si la personnalité invitée a du talent, de l’aura, de la présence et une capacité à la fois de compréhension, de courage intellectuel et d’argumentation. Je n’ose dire de sincérité car il ne faut pas rêver.

Pourtant, si les politiques se rendaient compte que, contre les poncifs, la dissimulation tactique de soi est la pire des méthodes, ils donneraient un intense souffle nouveau à leurs propos trop entendus et prudents, aussi brillants qu’ils ont été.

Les journalistes ne sont évidemment pas les moins impliqués dans la qualité ou non de ces émissions politiques. Au-delà de leur compétence, de leur courtoisie et de leur finesse, il conviendrait surtout de les choisir pour leur modestie. Trop souvent certains se prennent pour les protagonistes, ce qui donne aux échanges un caractère surréaliste. Pas de véritable contradiction technique mais une assurance, presque une arrogance dans la posture.

Les écoles de journalisme, avant de mythifier ce beau métier en le qualifiant mécaniquement de contre-pouvoir, devraient enseigner les règles de base : savoir parler, savoir questionner, savoir écouter, savoir contredire, savoir se tenir et, plus globalement, savoir. Au moins sur les sujets abordés.

Si les émissions doivent être à toute force "réinventées", ce n’est pas en dégarnissant le buffet qui serait trop copieux, comme l’affirme Roselyne Bachelot. C’est en le rendant plus riche, plus divers, plus contrasté.

D’abord pour les débats ordinaires qui, grâce à l’audiovisuel, structurent et irriguent la vie démocratique. Le sentiment de monotonie et de redites vient moins de la politique en elle-même que du fait que le champ des questionneurs est souvent trop étroit et que les invités eux-mêmes sont conviés pour satisfaire une forme d’homogénéité sans l’instauration d’un pluralisme dérangeant.

Appréciant “C dans l’air” pour m’y être senti à plusieurs reprises libre et écouté, j’ai cependant éprouvé parfois, comme téléspectateur et malgré la remarquable Caroline Roux, une sorte de lassitude à voir les mêmes journalistes, notamment Claude Weill et Christophe Barbier, bénéficier quasiment d’une rente sans qu’ils soient bouleversants d’originalité.

Pour les émissions exceptionnelles imposées par la conjoncture, les campagnes électorales, autour d’une personnalité unique, je serais sensible, au risque de les rendre peut-être trop longues, à l’appréhension la plus complète possible de cette dernière puisque de plus en plus – et ce n’est pas à regretter – le citoyen et l’électeur ont besoin de lumières sur l’intimité et le caractère en même temps que d’un éclairage substantiel sur le projet.

J’avais jugé absurdes et condescendantes les attaques contre l’excellente émission de Karine Le Marchand et plus spécialement à l’encontre de celle-ci qui, profane en politique, s’était aventurée dans le domaine des spécialistes.

Mon rêve d’émission serait précisément une synthèse de "L’Émission politique" et d’"Une ambition intime" – un bilan aussi exhaustif que possible de l’homme ou de la femme dans sa familiarité et sa proximité et à la fois des idées et des concepts proposés.

Cette distinction entre politique sérieuse et psychologie frivole est aberrante. Le téléspectateur a le droit de se voir offrir une totalité pour mieux juger et voter en pleine connaissance de cause. Les grincheux de la politique pure et ennuyeuse en seront pour leurs frais !

Les émissions politiques ne sont pas "à bout de souffle". Il suffirait de peu pour leur redonner un second souffle.

Extrait de : Vive les émissions politiques !

20 novembre 2016

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