9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, prononce dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay un discours historique. Devant son auditoire médusé, il propose aux nations d’Europe un projet de nature à enthousiasmer les foules : gérer en commun leur production de charbon et d’acier. 35 ans plus tard, dix chefs d’État et de gouvernement européens inspirés – dont François Mitterrand — ont l’idée géniale de faire de cette héroïque épopée du 9 mai 1950 la « Journée de l’Europe », notre fête nationale européenne, en somme.

Certes, le choix du 14 juillet lui-même peut être discuté. Passons sur la fête de la Fédération et disons que commémorer le massacre d’une garnison de vétérans et la décapitation par un boucher du gouverneur de la Bastille, c’est curieux comme choix de fête nationale mais, symboliquement au moins, l’attaque d’une forteresse et d’une prison, ça a du sens. Difficile, en revanche, de comprendre comment des hommes dont l’objectif était officiellement de renforcer la construction européenne ont pu espérer éclipser ce de fêtes nationales par la célébration du discours de Schuman. Quand les Espagnols commémorent le jour de la découverte de l’ par Christophe Colomb, quand les Irlandais et les Anglais fêtent leur saint patron, quand les Bulgares et les Grecs se souviennent de leur libération de l’oppression turque, comment a-t-on pu imaginer faire vibrer un jour tous ces peuples avec la déclaration Schuman ? Sans doute s’agissait-il justement d’éviter toute vibration dès lors que les citoyens européens dont rêvaient nos élites étaient de fades consommateurs, des ectoplasmes à l’encéphalogramme plat, sans tripes ni testicules, et surtout sans âme.

À leur décharge, reconnaissons que ce n’était pas si facile de trouver un événement capable de souder la mémoire des Européens. La signature du traité de Rome en 1957 n’aurait pas eu une charge symbolique bien supérieure à la déclaration Schuman et les deux tentatives précédentes d’unification du continent, celle de et celle d’Adolf Hitler, n’ont pas laissé un souvenir impérissable. En remontant plus loin, on pouvait pourtant sans peine trouver des racines communes à toutes nos nations. « La chrétienté », c’est-à-dire l’ensemble des territoires christianisés, ne correspondait-elle pas très exactement au continent européen au Moyen Âge ? Et ces chrétiens ne furent-ils pas en partie unifiés par un de leurs rois francs - Charlemagne –, dont le couronnement comme empereur à Rome le 25 décembre de l’an 800 aurait fait une « Journée de l’Europe » fort correcte et qui plus est en harmonie avec le européen qui, quoi qu’on en dise, reprend la couleur du manteau et les douze étoiles de la Vierge de l’Apocalypse.

Pour cela, il eût simplement fallu que les décideurs européens ne soient pas foncièrement hostiles au et entièrement voués au culte de l’argent, du matérialisme étroit, du déracinement et de la « culture de mort », pour reprendre l’expression de cet autre grand Européen que fut saint Jean-Paul II. Mais peut-être les élections du 25 mai seront-elles l’occasion de commencer à renouveler en partie la classe dirigeante européenne en question...

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9 mai 2014

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