Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - Sport - 8 août 2016

9 août 1916 : le ballon « Jack » face aux Allemands

L’histoire est relatée dans Le Petit Journal du 9 août : « Bravoure anglaise – Le triomphe de “Jack” – Comment un ballon de football amena la destruction d’un bataillon de la garde prussienne. » En réalité, il s’est écoulé plus d’un mois entre les faits et leur médiatisation dans ce journal. La scène se déroule à Montauban-de-Picardie.

Un jeune officier britannique courageux, le capitaine Wilfred Nevill (1894-1916), va lancer son unité à l’assaut des lignes allemandes. Il revient de permission et, pour amuser ses soldats, il a rapporté d’Angleterre deux ballons de football. Ce sport est déjà très prisé outre-Manche, au point qu’en décembre 1914, le War Office a procédé à la constitution d’un bataillon de footballeurs, le 17th Service Battalion of the Middlesex Regiment, qui comprend 1.350 soldats tous adeptes du ballon rond. Les règles d’un match sont même adaptées au contexte de la guerre. Le journal régimentaire Fall In précise que la durée des matchs est de deux fois vingt minutes.

Lors de l’offensive du 1er juillet, le capitaine Wilfred Nevill s’inspire de l’attaque-ballon pratiquée la première fois par Franck Edwards, chasseur à pied au 1st Battallion London Irish Rifles en septembre 1915. À la tête d’une compagnie du 8th Battalion East Surrey Regiment (surnommé « Bataillon de Fer »), il doit conduire ses hommes au baptême du feu. Il faut les motiver. Par l’intermédiaire du ballon de football, le Capt. Nevill demande à ses hommes de s’engager dans la bataille comme sur un terrain de football. « Tout à coup, nous voyons apparaître notre officier, le captain Nevill… », indique Le Petit Journal, qui rapporte le témoignage d’un soldat. « Il tenait sous son bras un ballon, le même qui servait sur l’arrière à nous entretenir les muscles : “Voici Jack”, nous dit-il (c’est ainsi que nous avions baptisé le ballon). “Jurez de le suivre partout où il ira”. Nous jurons tous. Le captain sort vivement de la tranchée, lance un formidable coup de pied […] et s’écrie : “En avant ! Là-bas, le but”. Et du doigt, il nous désigne les retranchements allemands. » C’est un bataillon de la garde prussienne. Wilfred Nevill promet à ses hommes que la première section qui parviendra à marquer un but dans la tranchée ennemie se verra récompensée (le prix est d’une livre, dit-on).

Mais les Allemands ripostent. Les hommes tombent et ceux qui restent poussent le ballon vers les tranchées adverses. “Jack” finit par arriver le premier chez les « Boches ». « […] À un moment […], un grand officier allemand […] a essayé de renvoyer “Jack” dans les lignes, mais Jack, entêté comme un ballon anglais, est vite revenu dans la tranchée après un joli massacre… », rapporte le soldat rescapé qui a perdu une jambe dans l’assaut. Le capitaine Nevill a eu moins de chance. Comme des milliers d’autres ce 1er juillet, il a perdu la vie. Il allait avoir 22 ans. En 2015, le musée de Manchester a offert au musée Somme 1916, à Albert, deux répliques de ces ballons.

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