Editoriaux - Justice - Société - 2 mai 2015

83 ans et victime de la loi DALO

Mmes Christine Boutin et Catherine Vautrin, anciens ministres UMP, devraient sans tarder venir en aide à une dame de 83 ans, SDF « grâce » à l’application de « leur » loi DALO par des… squatteurs !

À Rennes, Maryvonne se voit interdire sa maison par des squatteurs, ayant tout dégradé et menaçants envers elle, mais couverts par la… loi ! Elle a eu le tort de vivre 15 ans à 30 km de là avec un ami au décès duquel les héritiers l’ont… mise à la porte. Elle a donc retrouvé sa maison mais… occupée : depuis 2013, des squatteurs y ont creusé leur tanière !

Ce drame est la conséquence de la loi du 5 mars 2007 sur le droit au logement opposable, dite loi DALO dont le rapporteur était Mme Boutin, députée UMP, et dont le ministre délégué chargé de l’appliquer était Mme Vautrin. Une loi qui, à la demande pressante de M. Jacques Chirac, alors président de la République, a été pondue en 36… jours, comme s’en félicitait le ministre : “Ce projet de loi a été rédigé, discuté et adopté définitivement en l’espace d’un mois.” Tout comme Mme Boutin : “Il m’est particulièrement agréable de clore cette mandature par ce texte fondateur.” Le bâclage d’une écriture à la va-vite est peut-être à l’origine d’imperfections dramatiques pour de petits propriétaires. Comment des centaines de parlementaires ont-ils pu laisser passer une telle aberration : des squatteurs pénétrant chez vous peuvent se déclarer occupants « légaux » en à peine… 48 heures : pas 48 jours ou 48 semaines ! Non, 48 petites heures, le temps d’un week-end !

Comment toutes ces élites dont Mmes Boutin et Vautrin, M. Chirac et son Premier ministre M. Dominique de Villepin, n’ont-elles pas pensé : “Euh, 48 heures, n’est-ce point un petit peu court ?” Elles ont bien une – au moins – résidence secondaire : et si des cohortes de squatteurs allaient s’y installer, que diraient-elles ? Oui, mais ce sont des « personnalités » qui donc trouveraient les moyens « légaux » de les faire expulser… manu militari. En feront-elles autant pour Maryvonne ? Pour l’instant, peu se mobilisent, ni ces élites, ni les associations telles que… Droit au logement : Maryvonne, avec son prénom qui fleure bon le terroir, n’aurait-elle pas, elle aussi, droit à « son » logement ?

Ces squatteurs sans foi mais avec loi mériteraient – ce n’est qu’un rêve (donc irrépréhensible) et surtout pas une recommandation – que de braves gens, c’est-à-dire de courageux jeunes gens, les délogent de cette maison… manu militari et aident ensuite la digne dame à retaper son habitation… On peut toujours rêver à des actions impossibles, puisque « légalement » la dame devra attendre le bon vouloir des instances « judiciaires » qui, elles, prendront le temps de lui rendre… justice !

Lors de la discussion du texte, Mme Boutin avait eu ce lapsus : “Nous voici à l’ultime étape de notre course contre la mort… (rires des députés) … contre la montre, voulais-je dire…” Faites, Mmes Boutin et Vautrin, que ce ne soit également pour Maryvonne qu’une « course contre la montre » !

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