80 ans de congés payés : en avant, la régression sociale !

Il y a 80 ans, Léon Blum (1872-1950) instaura entre autres les congés payés et la semaine de travail de 40 heures. Une révolution sociale retracée sur France 3 par « Thalassa », vendredi 20 mai. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Comité national de la Résistance mit en œuvre une protection sociale avec la généralisation de la Sécurité sociale, de la retraite et la restauration du droit du travail.

Quelle régression, 80 ans plus tard, avec la loi El Khomri ! Or, depuis la guerre, la productivité a bien été multipliée par 1.000 ! Mais le progrès technique et l’innovation n’ont fait qu’accumuler du capital. Où est l’innovation sociale ? Dans les trente dernières années, la classe moyenne s’est réduite, une partie infime a rejoint la classe dominante des riches et des super riches, le reste s’est retrouvé paupérisé. Si Léon Blum a « inventé » les congés payés, les gouvernements français depuis le début des années 90 ont inventé les délocalisations et le chômage. Tout cela sous le prétexte de mondialisation. Le but inavoué étant que les grandes entreprises et les multinationales n’aient plus de syndicats dans les pattes et ne payent qu’un minimum d’impôt sur les bénéfices grâce aux “prix de transferts” 1. L’Europe devait donc s’aligner sur les salaires et les charges sociales de la Chine hier, puis de l’Inde, et aujourd’hui du Bangladesh et de l’Éthiopie.

C’est pourquoi les jeunes de Nuit debout, plutôt qu’aux flics, devraient s’en prendre à leurs propres parents, qui ont voté « Non » au référendum de 2005, alors que deux ans plus tard, on les a pris pour des imbéciles en leur imposant le traité de Lisbonne dont l’objectif était de « nous adapter aux nouveaux enjeux politiques et économiques mondiaux ». Ce jour-là, au lieu de sortir manifester dans la rue, ils sont restés sagement devant leur série américaine. Ce traité inique fut ratifié par des élus naïfs ou corrompus en 2009. La loi Travail en est directement issue. Aujourd’hui, c’est trop tard, et ce n’est pas place de la République que cela se joue, mais à Bruxelles. La mondialisation et son antichambre l’Union européenne ont été conçues pour donner tout pouvoir aux multinationales et aux banques.

Notes:

  1. Le mécanisme est simple. Par exemple, lorsqu’une entreprise fait fabriquer une marchandise en Chine, elle la vend (comptablement mais non physiquement) à une filiale située dans un paradis fiscal à son prix de revient, c’est-à-dire très bas. Puis c’est une autre filiale qui la rachète à un prix proche de celui où elle va être vendue en France. Ainsi, l’énorme et quasiment seul bénéfice n’est réalisé que par la première filiale exonérée d’impôt. C’est un jeu d’enfant. Voilà pourquoi il y a de plus en plus de riches et de plus en plus de pauvres.

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