L’indignation est décidément à géométrie variable. Les persifleurs acharnés, qui s’évertuaient à fustiger le « bling-bling » ostentatoire de Nicolas Sarkozy et les scandaleux cadeaux fiscaux offerts à ses amis de la finance mondialisée, sont devenus, pour certains d’entre eux, de zélés défenseurs de la propriété et des biens bien acquis.

Il suffisait d’entendre les réactions suscitées lundi soir par la publication tant attendue du des trente-huit ministres du gouvernement socialiste pour constater ce désopilant revirement. Lorsqu’on a appris que huit d’entre eux étaient millionnaires, certains commentateurs ont feint l’étonnement en se demandant où était le scandale. Pas question de hurler leur indignation pavlovienne devant ce gouvernement des riches avec la même intensité que lors du mandat de notre ex-président des riches ! Pas question de condamner en s’offusquant devant l’offense faite au peuple de smicards qui subissent chaque jour la baisse de leur pouvoir d’achat et les effets d’une crise qui n’a que trop duré !

« Ces ministres ont-ils volé cet argent ? Sont-ils dans l’illégalité ? », a lancé Laurent Joffrin sur le plateau d’Yves Calvi, ouvrant le bal aux hypocrites bien-pensants.

Parfait ! Alors, soyons cohérents avec nous-mêmes et appliquons cette égalité de traitement aux grands patrons, à Christophe de Margerie par exemple, cloué au pilori médiatique à chaque bénéfice engrangé par Total, entreprise qui fait gagner de l’argent à ses salariés. Mais voilà, au pays socialiste, l’argent n’a pas d’odeur mais il a, à coup sûr, une couleur politique. L’argent ne salirait qu’à droite. Sa provenance ne serait douteuse qu’à droite. À gauche, toujours protégé par le bouclier d’une moralité fantasmée, l’argent ne peut-être qu’honnêtement gagné. Et Cahuzac, alors ? À entendre certaines explications, sa fraude n’est pas contagieuse. Elle n’est que la dérive personnelle d’un seul homme et ne touche donc pas les autres membres de la majorité socialiste. Parce qu’un socialiste, un vrai, n’est jamais corrompu ! On ne risque donc pas de voir paraître « Hollande et l’argent roi » comme avait su le concocter le si dogmatique Renaud Dély du temps de Sarkozy !

On pousse un soupir de soulagement : la vertu socialo reste intacte… mais sera-t-elle encore crédible pour longtemps ?

17 avril 2013

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