Accueil Culture 73 % des Français n’aiment pas l’islam. On les comprend…
Culture - Editoriaux - Politique - Religion - Société - 17 avril 2013

73 % des Français n’aiment pas l’islam. On les comprend…

Harris Interactive a réalisé « une enquête auprès d’un échantillon représentatif de Français afin d’interroger leur regard sur la religion musulmane ». Tandis que les Français indiquent majoritairement avoir une bonne image d’autres religions (catholicisme, protestantisme, judaïsme, ou encore bouddhisme), ils portent de façon générale un regard largement critique sur la religion musulmane : moins de trois Français sur dix (26 %) déclarent avoir une bonne image globale de l’islam, pour 73 % indiquant en avoir une mauvaise image.

Vous savez quoi ? Les Français, parfois, donneraient envie à plus d’un journaliste et plus d’un homme politique de rendre leur tablier. Désespérants. Tant d’efforts pour arriver à ce résultat. Le bouddhisme, encore, tout le monde s’en fout un peu. La dernière fois que l’on en a entendu parler en France, c’était lorsque Davina (la gym tonic avec Véronique, vous la remettez ?) est devenue nonne. C’est vous dire comme ça passionne les foules. Le judaïsme, pourvu qu’il ne se mêle pas de donner son avis sur le mariage gay, on ne va pas lui chercher des poux dans la tête. Mais pour le reste, il y a de quoi être dégoûté.

Depuis le temps qu’on s’échine à démontrer que le seul problème de l’islam, c’est l’intégrisme, et que l’intégrisme, il y en a dans toutes les religions. Que d’ailleurs, tous les intégrismes se valent et que, par certains aspects, l’intégrisme catholique est même pire que l’intégrisme musulman parce qu’il n’a pas l’excuse de la pauvreté, de l’illettrisme et de l’envie de revanche après l’oppression coloniale… Ben non, les Français n’adhèrent pas. Comme s’ils avaient confusément compris que tout coincés, mal fagotés, psychorigides, faces de carêmes, blafards et tristounets que « les intégristes catholiques », comme on les appelle, ont l’air lorsqu’ils passent à la télé (membre de Civitas, si lors d’une manifestation vous êtes sélectionné parmi des centaines d’autres pour donner votre sentiment devant une caméra en prévision du 20 heures, peut-être est-il temps pour vous de changer de coupe de cheveux, de faire une cure de vitamines et de prendre des vacances au soleil), ils n’enquiquinent globalement pas grand monde. Les Français veulent bien être crédules, mais ils attendent encore qu’on leur montre un attentat-suicide, une fatwa, un crime d’honneur, un assassinat sauvage à la sortie d’une école perpétré au nom du catholicisme intégriste.

Depuis le temps qu’on s’échine à leur démontrer que, côté droits des femmes, le catholicisme ne vaut pas plus cher que l’islam — Najat Belkacem n’ayant pas hésité à affirmer qu’il y avait « aussi » des mariages forcés chez les catholiques — ben non, les Français s’entêtent à ne pas y croire. Sans doute la femme occidentale, l’entend-on assez, passe-t-elle plus de temps dans la cuisine que son conjoint, sans doute fait-elle même plus souvent le ménage, mais on ne peut pas faire prendre aux Français des vessies pour des lanternes, et le gant Mapa pour une burka. Vous savez ce qu’est la culture : ce qui reste lorsque l’on a tout oublié. Il faut croire que cette culture chrétienne qui demeure — sans qu’ils le sachent, à leur corps défendant parfois — au fond du cœur des Français, leur souffle cette conviction que le christianisme, au contraire, en instituant le mariage monogame et indissoluble, en donnant égale dignité spirituelle à l’homme et à la femme, a permis à cette dernière de relever la tête.

Alors non, pour les Français, toutes les religions ne se valent pas. Selon le sondage — tout en reconnaissant qu’ils la connaissent mal —, ils jugeraient même, pour une majorité d’entre eux, que la religion musulmane serait incompatible avec la société et la loi françaises. Un sondage, bien sûr, reste un sondage. Sujet à caution, donc. Mais révélateur d’un vrai malaise, un malaise profond que la politique de l’autruche et la mauvaise foi risquent de ne pas réussir à résoudre.

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