7 août 1916 : la question de l’ouverture de la chasse

Dans cette France encore paysanne et rurale de 1916, une question taraude les esprits ce 7 août. Faut-il ou non rouvrir la chasse ? « Les réclamations sont nombreuses : lièvres, lapins et perdreaux causant de grands dommages aux récoltes », indique Le Gaulois du 7 août, dans sa rubrique « Çà et là ». Et ces récoltes sont nécessaires à l’effort de guerre contre l’Allemagne. « Évidemment, la poudre ne devrait parler que sur le front, et ce n’est guère le cas de la jeter aux moineaux ; mais l’agriculture a des droits qu’on ne saurait négliger », poursuit le quotidien.

Son confrère, Le Petit Parisien, lui fait écho en titrant, page 2 de son édition du 7 août : « Pour protéger les champs contre le gibier, des battues mais pas de chasse. » Il insiste sur les avis très partagés de la réouverture de la chasse qui prévaut tant à l’académie d’agriculture qu’au ministère ou que des « soldats-paysans ». Selon ce quotidien qui tire à plus d’un million et demi d’exemplaires par jour, on peut; « du point de vue de la densité du gibier; diviser la France en trois catégories de territoires : ceux où il n’y avait plus de gibier du tout (Midi et autour des grandes agglomérations) ; ceux où il y en avait un peu (chasses banales et chasses gardées) ; ceux – les plus rares – où le gibier était abondant dès avant guerre ».

Or, depuis le début de la guerre, en dehors des zones où les combats font rage, le gibier se fait nettement plus abondant. « Des plaintes parviennent de tous les pays boisés contre les sangliers qui occasionnent les plus sérieux dommages aux récoltes. » Pis. En Seine-et-Marne, par exemple, « les cultivateurs n’ont pu obtenir des pouvoirs locaux que des battues soient effectuées, les communes refusant d’en prendre les frais à leur charge et se contentant d’engager les requérants à agir eux-mêmes », précise Le Petit Parisien.

Le Petit Journal du 8 août fait chorus en titrant : « Faut-il ouvrir la chasse ? » Il cite in extenso le courrier de cet adjudant qui est au front : « Pour le cas où la chasse serait ouverte cette année, de nombreux chasseurs mobilisés pourraient en profiter, je pense, pendant les courtes permissions de six jours. En raison de leur situation particulière, ne pourrait-on pas les exonérer du coût du permis […] mais surtout les laisser chasser sur le vu de leur seul titre de permission revêtu d’un visa ad hoc de la gendarmerie ? » En effet, le permis de chasse, à cette époque, vaut 28 francs, soit plus de la moitié de ce que gagne un soldat pour un mois aux tranchées (52,50 francs).

En fait, les autorités craignent que l’ouverture de la chasse ne profite qu’à quelques privilégiés, dégagés des obligations militaires, et que ces derniers « n’occasionnent plus de dégâts que le gibier, décimé lui-même, dans la plupart des campagnes, par les bêtes de rapine » . Mais, comme l’indique Le Gaulois, « çà et là, les braconniers se chargent de la besogne. Ni l’État ni les communes ne retirent un centime tandis que les permis rapporteraient de l’argent. »

Finalement, dans une circulaire aux préfets du 4 septembre 1916, le ministre de l’Agriculture, Jules Méline, finira par indiquer : “Il n’a pas semblé possible, dans les circonstances actuelles, d’ouvrir la chasse cette année ; mais j’ai estimé qu’il était nécessaire de prescrire des mesures énergiques pour assurer, d’une manière efficace, la protection des récoltes contre les animaux nuisibles et le gibier surabondant.” Les battues administratives seront donc autorisées.

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