Accueil Editoriaux 50 meilleurs restaurants du monde : un classement bidon

50 meilleurs restaurants du monde : un classement bidon

Chaque année, depuis treize ans, surgit le serpent de mer médiatique de la gastronomie mondialisée : le “Fifty Best”, nom anglais du classement des cinquante « meilleurs » restaurants du monde. La presse s’en délecte de Pékin à Los Angeles. Qui est le meilleur chef du monde, et le second, et le troisième ? Les restaurateurs sont classés tels des athlètes. Sauf que les chronomètres ne mentent jamais, ils sont des juges impartiaux et implacables, alors qu’on peut douter du panel de juges majoritairement anglo-saxons du “Fifty Best”.

Le groupe de médias et d’événementiel (comme on aime à le dire aujourd’hui) William Reed, et son magazine The Restaurant, assistés de la société de communication londonienne Speed Com, et sponsorisés par les eaux italiennes San Pellegrino, proposent un classement beaucoup plus géopolitique que gastronomique. Depuis des années, le “Fifty Best” est adepte du French Bashing, reléguant nos cuisiniers aux places d’honneur, et parfois pire. Il est désolant de constater que la presse nationale relaie ce classement sans une once d’esprit critique, en profitant même, depuis treize ans, pour indiquer que la cuisine française décline et n’innove plus à longueur d’éditoriaux déprimés et complètement ridicules.

Pourtant, c’est toujours en France que l’on mange le mieux dans le monde. N’hésitons pas à être un poil chauvin en la matière. Les meilleurs vins, les meilleurs fromages, les meilleurs pâtissiers et une grande partie des meilleurs restaurants se trouvent en France. En outre, nos restaurants considérés comme non gastronomiques, c’est-à-dire les brasseries et les bistrots, servent pour la plupart des plats de grande qualité à prix raisonnables un peu partout dans l’Hexagone. La France est aussi, de très loin, le pays qui compte le plus de restaurants étoilés et le le deuxième pays avec le plus de restaurants classés trois étoiles au Guide Michelin.

Devons-nous céder le pas devant un classement établi par un jury de non-professionnels, sans règles précises, aux objectifs commerciaux, et financé par les gros industriels du secteur agro-alimentaire ? Comment prêter foi à une telle mascarade ? Pourtant, des Inrocks au Figaro, personne n’émet la moindre réserve. Et si, d’aventure, vous osez mettre en doute l’éthique du jury, on vous rétorque que vous êtes un franchouillard aigri. La mondialisation est à ce prix, celui du déshonneur pour un plat de lentilles macrobiotiques.

Les restaurants du “Fifty Best” ne sont bien évidemment pas mauvais, mais ils correspondent à un goût contemporain, à une mode peut-être passagère ; tout au contraire, la gastronomie française garantit des standards qualitatifs depuis des dizaines d’années sans baisse manifeste. De Régis Marcon à Gilles Goujon, en passant par Michel Bras, Pierre Gagnaire ou Alain Ducasse, nos chefs rayonnent dans le monde entier. Pourquoi une telle haine de la part de nos amis anglais ? Ont-ils été vexés de n’avoir à revendiquer pour plat national qu’un triste rosbif grisâtre durant des années ? Nul ne le sait. Une chose est sûre, cependant : arrêtons de tendre le bâton pour nous faire battre, et demandons un classement objectif. Notre cuisine n’est pas en déclin, elle se porte mieux que jamais !

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