5 août 1916 : Poincaré encore sur le front

Les quotidiens nationaux du 5 août rapportent que le président de la République, Raymond Poincaré, s’est rendu, début août, sur le front de la Somme. Un an auparavant, presque jour pour jour, il s’était rendu sur le front du Nord.

Avec ces visites sur le front, cet ancien officier de réserve au 11e bataillon de chasseurs alpins (“Les Diables bleus”) participe à sa manière à l’effort de guerre en essayant de remonter le moral des troupes. La dimension politique de ce geste ne doit pas être exclue car Raymond Poincaré essaie de redorer le prestige de la fonction présidentielle, qui a été très affaiblie après la crise de mai 1877.

Par là même, il essaie de redonner une meilleure image de sa propre personne mais peine à y parvenir. Censé incarner l’unité nationale, il remarque que sa popularité décline. Il peine à s’imposer politiquement dans le conflit. Les dessinateurs brocardent les tenues qu’il adopte. Pour certains, sa casquette le fait ressembler à un chauffeur de taxi. D’autres y voient un chef de gare. Parfois, il porte le casque Adrian, comme il le fit lors de sa visite à Regnéville-en-Haye, le 6 février 1916. Reste que les poilus ne l’apprécient guère car il ne sait pas trouver les mots justes pour leur parler.

Avec ces visites sur le front, Raymond Poincaré tente également de rétablir quelque peu l’équilibre entre, d’un côté le pouvoir civil, et de l’autre le pouvoir militaire, car depuis le début du conflit, c’est le GQG, le Grand Quartier général, qui mène les opérations. Le pouvoir civil se contente d’un contrôle parlementaire a minima et ce n’est qu’avec l’arrivée de Clemenceau au pouvoir, en novembre 1917, que la donne sera inversée. Et, contrairement à son ennemi Poincaré, le Tigre saura trouver les mots et les gestes, n’hésitant pas à défier les Allemands dans les tranchées. La popularité de Clemenceau auprès des poilus sera immense et le président de la République en prendra ombrage.

Pour l’heure, Raymond Poincaré visite les troupes de la Somme « qui, en un mois, ont pris plus de vingt villages », rapporte La Croix du 6 août. Accompagné par le ministre de la Guerre, le général Pierre Roques (1856-1920), et par le généralissime, Joseph Joffre (1852-1931), le chef de l’État vient remettre quelques décorations : « Onze rosettes d’officier de la Légion d’honneur, quatre-vingt-quinze croix et quarante et une médailles militaires », précise le quotidien catholique. Parmi les récipiendaires se trouve le sergent aviateur Chainat, décoré de la Légion d’honneur. Il “abattait hier encore deux avions allemands, ce qui porte à huit le nombre de ses victoires », écrit le journaliste de La Croix. L’adjudant-chef Castel reçoit la même décoration avec la citation suivante : « Courage et sang-froid à toute épreuve. Pendant un corps-à-corps, fait prisonnier, s’échappe en tuant un officier, et revient prendre le commandement de sa compagnie dont tous les officiers sont tués. Trois citations, trois blessures. » Lors de cette visite, Raymond Poincaré remet « un étendard à un régiment de formation nouvelles appartenant à la 2e division de cavalerie », conclut Le Figaro.

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