Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - 3 août 2016

4 août 1916 : mari jaloux ou mauvais patriote ?

Le Figaro du 4 août rapporte, dans sa rubrique « Gazette des tribunaux », le sort réservé par le troisième conseil de guerre de Paris au soldat Antoine Vincent du 352e régiment d’infanterie de ligne et celui du zouave Deschamps, jugé par le conseil de guerre de la 9e région (Indre, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vienne).

Dans le premier cas, le soldat Vincent a, le 19 avril auparavant, étranglé sa femme. En rentrant à son domicile, alors que son épouse était au travail, il découvre une correspondance de sa femme avec un autre soldat mobilisé prénommé Paul. Il lui demande des explications. « Oui, c’est un brouillon », avoue la femme. Le soldat se jette alors sur elle et quand il commence à l’étrangler, des récépissés de mandats-poste adressés à Paul tombent d’une des poches de la jeune femme. L’homme serre plus énergiquement et la femme succombe.

Les juges essaient de déterminer si l’homme a agi dans un excès de jalousie ou s’il espérait, avec une courte peine, échapper à une mort certaine au front. Ils découvrent qu’Antoine Vincent est « un mauvais soldat, manifestant un état d’esprit inquiétant d’un point de vue patriotique » et qu’il a été « condamné à 30 jours de prison, dont 22 jours de cellule » dans son régiment. Le soldat aurait aussi avoué, trois semaines avant son crime : « S’il ne m’en coûtait que deux ans de prison pour ne pas aller au front, je préférai ça… » Le soldat, ouvrier mécanicien dans le civil, plaide l’accès de jalousie. Mais le conseil le condamne à huit ans de travaux forcés, à huit ans d’interdiction de séjour et à la dégradation militaire.

Le cas du zouave Deschamps est considéré comme « l’Affaire Dreyfus de la médecine militaire ». Pendant les terribles combats de l’Yser en octobre 1914, Baptiste Deschamps va de l’avant et tente de franchir « une route balayée par les obus ». Mais il tombe dans un déblai de trois mètres de profondeur et se déforme la colonne vertébrale. Il passe par de nombreux hôpitaux militaires avant d’arriver dans l’établissement du médecin major Clovis Vincent (1879-1947), l’un des fondateurs de la neurochirurgie en France. Le médecin veut soigner Baptiste Deschamps avec sa nouvelle technique : le torpillage, qui consiste à délivrer des chocs électriques de différentes intensités.

Lors d’une séance de torpillage le 27 mai, le zouave Deschamps frappe le médecin-major Vincent à plusieurs reprises et lui fracture le nez. Le médecin riposte et passe le zouave à tabac, ce qui lui vaut le surnom de « médecin-boxeur ». Témoins à charge et à décharge, trente-cinq en tout, défilent à la barre, certains attestant que le torpillage les a guéris. « Au contraire, le capitaine de Boissieu se prononce contre la méthode Vincent », note Le Figaro. Finalement, le soldat Deschamps est condamné à six mois de prison avec sursis. Désavoué, Clovis Vincent demande à retourner sur le front : il est affecté, comme médecin-chef, au 44e bataillon de chasseurs à pied, puis au 98e régiment d’infanterie.

Quant à Baptiste Deschamps, il décédera à Saint-Martin-la-Rivière (Vienne) en 1953 à l’âge de 72 ans.

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