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Editoriaux - Industrie - Société - Table - 25 novembre 2014

30 ans de Restos du Cœur, mais 30 milliards de gaspillage alimentaire…

On « fête » aujourd’hui les 30 ans des Restos du Cœur dont s’ouvre la campagne hivernale. Créés par Coluche, le célèbre histrion qui fit si peur à la mitterrandie – il envisageait de se présenter aux présidentielles et s’était pris, cette fois, sérieusement au jeu –, on pensait alors que les Restos aideraient juste un mauvais moment à passer. Mais il en va de cela comme des cabanons destinés à l’éphémère : ils perdurent.

Comme le Secours populaire et le Secours catholique fondés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ou l’Armée du salut créée en 1865 dans l’Angleterre industrielle, les Restos du Cœur sont aujourd’hui une institution. Un pilier enfoncé profondément dans la misère sociale, juste plus voyant que les autres parce que bénéficiant dans son ADN d’une publicité associée au monde du spectacle. Les troupes de Mgr Rodhain ne dansaient certes pas le french cancan sur les estrades et il vaut mieux aujourd’hui se présenter comme enfoiré que comme général, même de l’Armée du salut.

Reste que les bénévoles des Restos du Cœur assistent aujourd’hui 1 million de personnes à qui on a servi, l’an passé, 130 millions de repas. Si donc l’on cumule ce que tous ceux cités plus haut offrent aux miséreux, c’est peut-être trois fois cela qui, au total, est distribué. D’ailleurs, le rapport sur la pauvreté rendu au début de ce mois par le Secours catholique le montre : 1,4 million de personnes dont 692.000 enfants ont été accueillis cette année par cette seule institution, preuve que « la pauvreté s’intensifie et s’enracine ».

Les impôts qui nous tondent ne servant – et encore, insuffisamment ! – qu’à payer les intérêts de la dette contractée par l’État, on fait appel à la générosité publique. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les Restos du Cœur reçoivent « la grande majorité de [leurs] ressources aux signataires de chèques appartenant “très largement aux CSP++”, à l’image des professions libérales “moins touchées par la crise” », écrit Le Parisien de ce jour. Et dans toutes ces institutions, la main-d’œuvre est constituée de bénévoles (67.000 aux Restos et autant pour les Secours catholique et populaire) qui ne comptent pas leur temps. Alors, devant ces chiffres effarants, une question revient, lancinante : celle du gaspillage en général, et alimentaire en particulier.

Et là, les chiffres sont encore plus effarants. Dans notre pays où, en effet, la pauvreté s’enracine et explose dans certaines régions (le Nord, notamment), on jette à la benne à ordures l’équivalent de 30 milliards d’euros de nourriture chaque année. Sans craindre le paradoxe, on peut dire que le gaspillage alimentaire – enfant monstrueux du principe de précaution et du marketing le plus pointu – est l’une des ressources les plus rentables des pays développés. Au niveau mondial, c’est un quart de la nourriture produite qui est jeté sans avoir été consommé, soit 1,3 milliard de tonnes d’aliments par an, ou encore un tiers de la production globale de denrées alimentaires dédiée à la consommation. Sont concernés les pays riches comme les pays pauvres pour une valeur totale de 750 milliards d’euros chaque année, dont 30 milliards, redisons-le, rien que pour la France.

Responsables : les producteurs, la grande distribution et, au bout de la chaîne, les consommateurs qui se font les complices de ce grand gaspillage avant même que la marchandise n’arrive dans leur frigo. Cessons d’être esclaves des marques, des dates de péremption bidon, des pseudo-injonctions sanitaires qui nous transforment tous en hypocondriaques. Dans le contexte de misère qui s’installe, ce gâchis n’est plus tolérable.

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