Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - Table - 22 août 2014

22 août : 27.000 morts français en une journée

Ce 22 août est un jour funeste pour la France qui voit mourir 27.000 de ses vaillants soldats, auxquels il faut ajouter plus de 13.000 morts côté allemand. Rien que du côté français, c’est autant de morts en une journée que pendant les huit années de la guerre d’Algérie (1954-1962), et presque la moitié des morts américains de la guerre du Vietnam, qui a vu disparaître 58.000 GI… en 16 années de combat. Ce 22 août 1914, c’est quatre fois plus de morts qu’à Waterloo !

En fait, ce n’est pas une seule mais plusieurs batailles qui ont fauché la jeunesse française pendant cette journée. On compte ainsi 3.367 morts à la bataille de Rossignol, 3.280 morts à celle de Maissin, 2.806 à celle de Virton…

La matinée un peu brumeuse dans les Ardennes belges s’annonce belle… L’attaque est ordonnée par le Grand quartier général, sans véritablement connaître les positions ennemies et leur nombre. “Attaquons, attaquons… comme la lune”, fait-on chanter au général Lanrezac, qui commande la 5e armée.

Mais dès 7 h 30, des éléments du 1er colonial, en reconnaissance, sont cueillis par les mitrailleuses allemandes qui stationnent aux confins des forêts de Chiny et de Châteauneuf, pas loin de Rossignol, Termes et de Saint-Vincent. À 9 h 30, c’est au tour du 3e colonial d’être pris sous le feu ennemi. Il faut vite se rendre à l’évidence : les Allemands sont maîtres des bois. Il sera difficile de les en déloger. Les villages alentour (Breuvanne, Tintigny…) sont en flammes. Les Allemands sortent des bois et prennent nos troupes à revers. Un premier point de résistance – le plus important – comprend Rossignol et le bois du Château. Il est commandé par le général Rondony. Un autre centre de résistance se situe un peu plus au sud, vers Mesnil-Breuvanne. Il est tenu par le général Montignault. Les bombardements sont incessants. On court partout sur les cadavres pour contenir l’avancée des “boches”. De Charleroi à Rossignol, en passant par Roselies, Falisolle, Anderlues, Ham-sur-Sambre, c’est l’hécatombe.

Puis le silence se fait peu à peu. Le soir tombe. À la faveur de l’obscurité, quelques centaines d’hommes peuvent, par petits groupes, s’échapper et rejoindre nos lignes. Le bilan est terrible.

Les régiments les plus touchés sont notamment le 25e RI qui perd 1.200 soldats, le 36e qui voit mourir 1.000 des siens, mais aussi les 24e et 74e RI (800 chacun), le 49e RI (700), le 129e RI (650). Des milliers de zouaves et de tirailleurs sont aussi fauchés à la mitrailleuse dans les combats de la Sambre. Il est vrai que la 3e division d’infanterie coloniale paie un lourd tribut lors de cette journée. La bataille de Rossignol – tombeau du corps colonial – couche en quelques heures autant de soldats français que Điện Biên Phủ en deux mois de siège (environ 3.000). À la suite de cette journée, 30 généraux, jugés “responsables” du massacre, seront envoyés à Limoges. Un seul a fait appel et sera réhabilité puis décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur : le général Edgard de Trentinian.

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