Armées - Editoriaux - Histoire - Souvenir 14-18 - Table - 21 août 2014

21 août : naissance de la légende noire du 15e corps d’armée

Le 21 août, 19 heures : le général Joseph Joffre, commandant en chef des armées, téléphone à Adolphe Messimy, ministre de la Guerre : “L’offensive en Lorraine a été superbement entamée. Elle a été enrayée brusquement par des défaillances individuelles ou collectives qui ont entraîné la retraite générale et nous ont occasionné de très grosses pertes. J’ai fait replier en arrière le 15e corps, qui n’a pas tenu sous le feu et qui a été cause de l’échec de notre offensive. J’y fais fonctionner ferme les conseils de guerre.”

La légende noire du 15e corps d’armée vient de naître. Elle ne cesse de prendre de l’ampleur dans les jours qui viennent. Le journal Le Matin, daté du 24 août, accuse ouvertement les Provençaux de lâcheté : “Une division du 15e corps, composée de contingents d’Antibes, de Toulon, de Marseille et d’Aix, a lâché pied devant l’ennemi”, mettant ainsi en difficulté tout le dispositif militaire français. L’article est signé de la main du sénateur de la Seine, Auguste Gervais, un ancien saint-cyrien, ancien chef de cabinet du ministre de la Guerre, le général Thibaudin. Gervais aura beau dire que son article était une commande de Messimy, le mal est fait. Le 15e corps d’armée, en grande partie composée de contingents venant du sud de la France (Gard, Vaucluse, Corse, Bouches-du-Rhône, Ardèche, Var, etc.), passe pour une bande de lâches. La rumeur est d’autant plus infamante que ce 21 août au matin, les soldats provençaux se sont lancés dans la bataille de Lorraine sans appui d’artillerie et que 10.000 d’entre eux sont mortellement blessés, fauchés à la mitrailleuse et aux obus, le plus souvent sans avoir vu le moindre casque à pointe.

Sur le plan stratégique, la défaite de la bataille de Lorraine ruine totalement les plans de Joffre. Pour se dédouaner, quoi de plus simple que de rejeter la faute sur les soldats du Midi ?

La mort du sous-lieutenant Frédéric Chevillon du 132e régiment d’infanterie à la tête de ses troupes, aux Éparges, en février 1915, vient rappeler le courage des gens du Sud. Il était député-maire d’Allauch (Bouches-du-Rhône).

Les Provençaux sont blessés par les mensonges et les calomnies de l’état-major militaire et ne peuvent pas riposter comme ils l’entendraient en raison des lois sur la censure. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que la réhabilitation du 15e corps s’opère petit à petit. Tout d’abord par les paroles apaisantes du président de la République Paul Deschanel, en visite à Nice en avril 1920, qui “salue cette incomparable ville de Nice dont le nom signifie victoire et le beau département des Alpes-Maritimes qui, en donnant à l’armée française le glorieux 15e corps, ont puissamment contribué à sauver la France et le droit”.

C’est ensuite à Messimy lui-même de faire acte de contrition et de reconnaître, en 1923, mais à moitié seulement, sa culpabilité dans cette odieuse machination. Il rejette en grande partie la faute sur Gervais, décédé en 1917. En fait, c’est une cérémonie à Vassincourt (Meuse), le 6 août 1939, qui réhabilitera définitivement ces soi-disant lâches pour en faire de véritables héros, en présence notamment du président du Conseil Édouard Daladier et du maréchal Pétain.

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