Manuel Valls se trouve dans une position délicate. Cela fait plusieurs mois qu’il dit pis que pendre de l’attitude d’Emmanuel Macron, qui a quitté le gouvernement pour se présenter à l’élection présidentielle. Comment pourrait-il, alors, lui aussi, trahir François Hollande ? Il ne veut pas être Brutus et ne sait que trop bien que les traîtres ne sont que rarement pardonnés.

Pourtant, l’envie d’y aller le démange. Avec l’élimination prématurée de Nicolas Sarkozy au premier tour de l’élection primaire de la droite, le Président a perdu son meilleur ennemi. En outre, le positionnement très libéral du candidat Fillon pourrait ressusciter une jusque-là moribonde…

Tous les ingrédients semblent donc réunis pour que Manuel Valls se présente en ultime recours d’une gauche de gouvernement explosée façon puzzle, tributaire d’un chef qui atteint des sommets d’impopularité inédits à chaque nouvelle enquête. Prudent, le Premier ministre ne s’engage pas directement, choisissant de laisser ses lieutenants monter au créneau. Il sonde l’atmosphère et évalue ses chances.

Le député ne cesse de l’appeler à faire le grand saut. Pareillement, Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, pense qu’il est temps pour son ami de se dévoiler avant qu’il ne soit trop tard. De façon beaucoup plus étonnante, Michel Sapin, camarade de François Hollande à l’ENA, a estimé que Manuel Valls incarnait une sensibilité importante, la « gauche de responsabilité », et qu’il avait en conséquence toute sa place dans ces primaires de la gauche à venir.

Depuis Rouen, ville natale de François Hollande, Manuel Valls est allé un peu plus loin qu’à l’accoutumée, déclarant ne pas encore savoir quelle personnalité serait la plus à même de “rassembler la gauche”. Et d’ajouter :

Je prendrai mes responsabilités, je serai forcément un acteur de ce débat qui s’ouvre.

Sur le ton de l’humour, convoquant les mânes de la historique, le Premier ministre est même allé beaucoup plus loin :

Je vous rassure, je vous inquiète ou je vous déçois, mais il n’y aura pas d’appel de Rouen, même si Jeanne d’Arc n’est pas loin. Je serais bien tenté, mais je ne céderai pas à cette tentation.

Manuel Valls pense que François Hollande est définitivement sorti du jeu. Il croit son heure arrivée. Son espace politique sera pourtant assez restreint. Il devra réconcilier l’inconciliable, évoquer Blair et Clemenceau dans une même dialectique. Conscient que la gauche a oublié la France périphérique, Manuel Valls veut combattre les “insécurités que provoque la mondialisation”. Là encore, son bilan ne plaide pas pour lui, mais les candidatures de Fillon et Macron peuvent l’aider à s’immiscer dans ce débat.

À sa manière, une candidature Valls illustrerait le mouvement de fond de notre société. Les Français veulent un État fort garant des libertés, bouclier contre les prédations engendrées par la mondialisation : , immobilité sociale, terrorisme islamiste, désindustrialisation, chômage… Problème : tous les candidats potentiels, hors , ont une part de responsabilité dans ce marasme. Manuel Valls en tête.

26 novembre 2016

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 10 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Gabriel Robin : « On voulait le progrès, on fonce vers l’archaïsme »

Il y a un an tout juste, Gabriel Robin et Benjamin Demeslay publiaient Le Non du peuple, u…