Discours - Editoriaux - Le débat - Politique - Religion - Table - 2 janvier 2015

2012 n’a jamais été aussi loin

Les présidents de la République présentent leurs vœux pour la nouvelle année, mais M. Hollande crée un nouvel exercice de genre : présenter ses gifles aux Français. Cohérent avec son programme de 2012 décliné en “moi Président” et avec la nouvelle génération dite “connectée” adepte du “moi je”, il use et abuse de la première personne du singulier, souvent pour affirmer qu’il n’écoute pas son peuple et poursuivra la politique à laquelle nous lui demandons d’avoir un mot à dire :

“Je crois à la persévérance, à la constance, au travail dans la durée […]. J’ai tenu bon et suivi fermement le cap que j’avais fixé.” Nous pouvons remplacer “fermement” par “péremptoirement” et même “obstinément”, tous adverbes que M. Hollande synthétise par l’« engagement ». Mais si l’« engagement » est une “vertu”, l’« entêtement », lui, est un défaut… Pourquoi forcer le “mariage pour tous” sans ouvrir un seul véritable débat ? Pourquoi forcer la nouvelle carte des régions sans en passer par un référendum ? “J’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français […]. Le Président […] doit aussi être proche du peuple, être capable de le comprendre” : 2012 n’a jamais été aussi loin qu’en cette fin 2014…

Vers le milieu de ses vœux enfin, M. Hollande ne peut s’empêcher de sermonner : il se dresse en juge suprême des valeurs de la République et se permet de donner des leçons au peuple qui l’a, fragilement, élu : “Ce combat, je le mènerai jusqu’au bout contre les conservatismes, et ils sont nombreux, contre les populismes, et ils sont dangereux […]. Écartons les discours qui trompent et qui abusent le peuple […]. Et devant les menaces qui montent et qui inquiètent, qui s’appellent terrorisme, communautarisme, fondamentalisme, ce n’est pas en nous divisant, en stigmatisant une religion, en cédant à la peur que nous nous protégerons […]. C’est quand la France oublie ces principes qu’elle se perd, qu’elle se noie. Là est le déclin, le seul qui nous menace : c’est celui de l’abandon. C’est déjà arrivé […], ne l’oublions jamais. C’est pourquoi je fais de la lutte contre le racisme et contre l’antisémitisme une grande cause nationale.”

Non, M. le Président : ce n’est pas lorsque la France a peur “qu’elle se perd”, c’est lorsqu’elle est gouvernée par la Surdité et l’Orgueil dont vous faites justement preuve. Nous savons déjà que vous voulez tout faire pour étouffer la parole des Français qui se refusent au servage (“Mais je veux en finir avec le dénigrement et le découragement”), que vous voulez tout faire pour noyer la France dans l’Europe (“Avec l’Europe, ce n’est pas en cassant ce qui existe ou en prétendant sortir de la zone euro que nous convaincrons ; c’est en redressant notre propre compétitivité, c’est en mobilisant tous les leviers économiques pour nous écarter de la stagnation en Europe […]”), mais la France est aussi le pays qui a jusqu’ici su renverser les Pouvoirs qui l’étouffaient.

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