C’est un OpinionWay paru lundi qui le révèle : 75 % des 18-24 ans sont « prêts à tout » pour réussir en entreprise. Et même vraiment prêts à tout pour près de 20 % d’entre eux, puisqu’ils envisagent de « coucher » pour avancer. Sans s’en cacher.

Au début de la phrase, on ne s’inquiète pas, hein ? Cela démarre même plutôt bien, cela vous a un côté scout au garde-à-vous : toujours prêt ! Allez, grande bourrade dans le dos, commencez donc, les jeunes, par trier les trombones jaunes des trombones verts, faire les cafés et relancer le cimetière des clients portés disparus depuis 1998. Quand on démarre en bas de l’échelle, économique oblige, il faut être « prêt à tout ». Braves petits gars.

Puis on lit la fin. Et on la relit pour être sûr : la promotion canapé assumée et décomplexée ? Un jeune sur cinq partant pour ce genre d’heures supplémentaires sans même en faire mystère ? Est-ce donc là tout ce que notre école de la méritocratie républicaine a transmis ?

Attendez, parfois ils ont du mérite. Quand le patron est un peu bedonnant et pas trop ragoûtant.

Et puis ils ne font rien de défendu. Non qu’on ne ne leur ait pas transmis des interdits, une morale d’une rigidité de chaisière. Résumée en deux préceptes : la borne gauche, hygiénique, s’appelle « jamais sans le préservatif », la borne droite, éthique, s’appelle « jamais avec le Front national », terme générique désignant peu ou prou le réac au sens large. Entre ces deux barbelés électrifiés, fais ce qu’il te plaît. On se marre, on rigole, on devise, on relativise avec le prof, en appui sur une fesse contre son bureau. La sexualité est dédramatisée, désacralisée, banalisée dès l’école primaire. Les premiers de la classe, les besogneux, les travailleurs timides gentiment ridiculisés. S’ils sont assez benêts pour croire que, dans la vraie vie, c’est comme ça que l’on réussit. Même le prof, qui se fout parfois affectueusement d’eux, paraît sceptique.

À l’instar de Rachida Dati, citée par Jacqueline Remy dans son livre Du rimmel et des larmes, ils veulent « baiser utile ».

Comment leur reprocher de prendre appui sur les deux seuls piliers de la qu’ils n’aient jamais connus - la libération sexuelle et la rentabilité - pour, astucieusement, les conjuguer ?

Ce même lundi, justement, Annie Lahmer, ex-salariée des Verts et conseillère régionale d’Île-de-France, a rapporté, sur BFM, les menaces qu’auraient proférées Denis Baupin, député écologiste et ci-devant vice-président de l’Assemblée nationale, lorsqu’elle l’a éconduit : « Eh bien Annie, tu n’auras jamais de poste dans le parti ! »

Voilà ce qui arrive, n’est-ce pas, lorsque l’on fait sa mijaurée. Les 18-24 ans semblent l’avoir parfaitement intégré.

10 mai 2016

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