En ce mardi 18 août, le général Joffre apprend que des éléments allemands auparavant stationnés au sud de la Meuse sont passés sur la rive gauche. À 8 h, il fait expédier aux 3e, 4e et 5e armées, aux armées anglaise et belge, l’instruction suivante (instruction n° 13) : « Les 3e, 4e et 5e armées, agissant de concert avec les armées anglaise et belge, ont pour objectif les forces allemandes réunies autour de Thionville, dans le Luxembourg et en Belgique. Ces dernières paraissent comprendre un total de treize à quinze corps d’armée. » Déjà, les troupes allemandes, après avoir fait sauter le verrou liégeois, s’avancent de Bruxelles. Dans le même temps, le général Pau, dont l’intention est d’occuper Mulhouse et de marcher sur Colmar dès le lendemain, met en place son dispositif. Il confie la défense de la région de Mulhouse, Altkirch et Belfort aux 57e et 66e divisions de réserve et à la brigade active de la place de Belfort. Le général Pau demande à la 1re armée de l’appuyer pour l’attaque entre Neuf-Brisach et Colmar. La 66e division se portera sur la rive droite de l’Ill, au sud de Mulhouse. La 8e DC fera mouvement vers Wittenheim. La 63e division constituera la réserve d’armée.

Ce 18 août, ordre est donné au colonel Tourret, chef de corps du 95e régiment d’infanterie (95e RI) – qui dépend du 8e corps d’armée (8e CA) –, d’attaquer Sarrebourg. Le général de Maud’huy, commandant la 31e brigade, a promis cette récompense au régiment, à la suite de sa brillante attitude pendant les combats de Blâmont.

Partis de Lorquin vers 6 heures du matin, les hommes du 95e RI franchissent le canal de la Marne au Rhin et arrivent bientôt à 15 km de Sarrebourg. Vers midi, les 2e et 3e bataillons du 95e commencent le mouvement ; chaque bataillon est en colonne double, les compagnies en ligne de section par quatre. Quand nos troupes arrivent sur la crête de la colline, à 1.500 mètres de Sarrebourg, l’ennemi fortement retranché sur les hauteurs au nord de la ville déclenche un tir violent de « gros noirs » [batteries d’artillerie allemande, NDLR]. Un soldat du 95e témoigne : « Nous progressons lentement sous un violent tir de barrage. Nous faisons connaissance avec l’artillerie lourde allemande. Les « gros noirs », toute la journée, joignent leurs coups de tonnerre à la musique du 77, causant des pertes sévères dans le régiment ; au bord de la route où nous progressons, les bas-côtés sont rouges du sang des chevaux et des cavaliers que nous avons vu défiler l’avant-veille. De nombreux cavaliers sont encore là. Vision d’horreur qui refroidit notre bel enthousiasme d’il y a deux jours. »

Vers 15 h 30, les premières compagnies pénètrent dans Sarrebourg, chassent les Allemands restés en arrière-garde, et les soldats du 95e RI occupent les lisières nord de la ville. La population de Sarrebourg accueille chaleureusement nos soldats. « Devant chaque maison sont disposés des seaux de vin, des bouteilles de bière, des provisions de toutes sortes. Les habitants bourrent les musettes des poilus de cigarettes et de paquets de tabac… », témoigne ce soldat qui écoute attentivement les habitants. « La retraite des Allemands n’est qu’une feinte. En plus, ils sont plus nombreux que vous ; ils ont dix fois plus de canons. Prenez garde ! » Ces avertissements ne sont pas vains.

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