Le président de la République française, le ministre algérien des Moudjahidine et l’ambassadeur d’Algérie à Paris ont tenu à commémorer, cinquante ans après l’événement, la « répression sanglante » par la police parisienne, le 17 octobre 1961, d’un défilé pacifique dont les participants, pour reprendre les mots du chef de l’État, « manifestaient pour le droit à l’indépendance ».

Le ministre et le diplomate algériens étaient évidemment dans leur rôle, puisque l’indépendance dont il s’agit est celle de leur propre pays. sait-il bien ce qu’il fait, puisque ce pays, l’Algérie, colonie puis territoire français pendant cent trente ans, a conquis de haute lutte son indépendance à nos dépens et contre nous, et sait-il bien de quoi il parle ?

La journée du 17 octobre est à coup sûr une tache sanglante dans nos annales. Encore faudrait-il se rappeler, et rappeler, si on l’évoque, qu’elle s’est inscrite dans le contexte d’une guerre atroce qui, pour être sans nom, n’en a pas moins fait des centaines de milliers de morts et dans le contexte d’une capitale où, entre janvier et octobre, menant un combat sans merci contre les forces de l’ « ordre colonial », les tueurs du F.L.N. avaient abattu vingt-deux policiers.

Par quelque bout qu’on la prenne, la manifestation du 17 octobre, « pacifique » en effet mais intégralement organisée et encadrée par le F.L.N., était une provocation délibérée. Astreints pour des raisons évidentes (le faciès !) à un couvre-feu discriminatoire, les 25 000 manifestants qui déferlèrent ce jour-là sur les beaux quartiers de Paris ne se contentaient pas de défier un arrêté préfectoral. Ils bravaient sciemment la France.

Car, de deux choses l’une : ou bien, Français, comme ils l’étaient encore juridiquement, ils suivaient les consignes d’une organisation terroriste interdite ou bien, Algériens comme ils y prétendaient, ils obéissaient sur le sol français aux ordres d’un gouvernement étranger qui nous avait déclaré la guerre.

Autorisée à rendre coup pour coup, et même incitée à en rendre dix pour un, la police parisienne fit en effet preuve d’une brutalité inouïe, comme l’aurait fait n’importe quelle police dans n’importe quel pays, y compris les plus démocratiques…

Imagine-t-on comment auraient réagi les autorités françaises si, pendant l’offensive allemande sur Verdun, en 1916, quelques dizaines de milliers de ressortissants allemands étaient venus dire sur les Champs-Elysées leur soutien au Kaiser ? Imagine-t-on ce qu’auraient été les réactions de la police new yorkaise, du peuple et du gouvernement américains si, le 12 septembre 2001, un cortège de zélateurs d’Oussama ben Laden était venu acclamer celui-ci sur les décombres du World Trade Center ? On ne peut que déplorer les dizaines de morts du 17 octobre 1961, mais qui en porte la responsabilité ?

Certes, depuis les années 90, il est de mode, et bien commode, de faire du jeune Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde en 1944, puis du plus mûr Maurice Papon, à l’apogée de sa carrière, inamovible préfet de police de Paris entre 1958 et 1966, une sorte de démiurge tout-puissant, bouc émissaire des horreurs de l’Occupation, puis des crimes commis en relation avec les événements d’Algérie. Faut-il rappeler, et d’abord au président Hollande, que Maurice Papon, en 1961, n’était qu’un haut fonctionnaire qui n’agissait pas sans l’accord de supérieurs auxquels il devait naturellement rendre compte, à savoir Roger Frey, ministre de l’Intérieur, Michel Debré, Premier ministre, et un certain Charles de Gaulle, président de la République française ? Avant d’ouvrir la bouche, François Hollande aurait pu se demander pour quelles raisons et dans quelles circonstances un homme comme le général de Gaulle a pu couvrir les actes commis par la police de Maurice Papon. Mais peut-être François Hollande médite-t-il de rebaptiser la place de l’Étoile et l’aéroport de Roissy — pour commencer.

Au fait, et puisque nous sommes au chapitre des commémorations, M. Hollande a-t-il l’intention de commémorer la « répression sanglante » (quarante-six morts) par des soldats qui portaient l’uniforme français, d’un cortège de civils français désarmés qui manifestaient, rue d’Isly, à Alger, le 26 mars 1962, pour que l’Algérie demeurât française ?

19 octobre 2012

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