14 août 1916 : inauguration du Centre de rééducation de Cluses

« Julien Godart, sous-secrétaire d’État au service de Santé, a présidé à Cluses l’inauguration du Centre de rééducation des mutilés de guerre », indique Le Petit Parisien du 14 août. Deux ans après le début de la guerre, ce sont ainsi plus de cent écoles de ce genre en France qui accueillent des soldats blessés : Lyon, Bordeaux, Bourges, Montpellier, Saint-Étienne, Bayonne, etc. Elles s’inspirent de l’exemple scandinave, rapporté par le docteur Maurice Bourrillon (1853-1926), ancien député de la Lozère (1893-1898). En 1903, ce médecin est chargé d’une mission officielle d’études sur l’assistance et la rééducation des estropiés et mutilés. Il parcourt le Danemark, la Suède et la Norvège. On lui confie la direction des Établissements nationaux de bienfaisance et de rééducation des invalides de la guerre de 1914 et il devient président-fondateur du comité interallié des invalides de guerre.

Le Figaro du 15 août précise que toutes ces écoles sont nées d’initiatives très diverses : “à quelques-unes, le ministère de la Guerre et le ministère de l’Intérieur ont officiellement apporté leur appui. D’autres ont été patronnées par des conseils généraux, par des municipalités, par des chambres de commerce ou créées par des chambres syndicales et ouvrières.” Beaucoup de ces écoles dispensent en leur sein plusieurs formations d’ordre technique pour l’industrie, le commerce, l’agriculture…

Elles ont des spécialités dans la mesure où ces centres « répondent aux besoins des industries locales ». Ainsi l’École des blessés d’Oyonnax (Ain) forme des ouvriers en celluloïd ; celle de Saint-Claude, des diamantaires et des pipiers ; celle de Fayl-Billot (Haute-Marne), des vanniers ; celle de Versailles, des jardiniers, etc. En l’occurrence, c’est l’École nationale d’horlogerie qui a décidé de créer à Cluses une section « horlogerie », qui accueille quarante-cinq pensionnaires, mutilés de guerre. Ils peuvent y bénéficier d’un apprentissage rudimentaire pour une durée de six mois et un salaire de 3 à 5 francs ; d’un apprentissage sommaire pour une durée d’un an et un salaire de 5 à 10 francs, et enfin d’un apprentissage complet, conduisant aux professions de remonteurs, estampeurs… Durée : 15 mois. Salaire 8 à 15 francs par mois.

Mais tous les mutilés ne peuvent pas prétendre aller à Cluses. « L’horlogerie convient aux mutilés des jambes, plus particulièrement. Son apprentissage exige la possession de la main droite, d’au moins deux doigts de la gauche et un œil, au moins, très bon », précise l’ouvrage d’A.L. Bittard, L’École des blessés.

Mais si l’on en croit ce même auteur, « il y a un abîme entre les créations somptuaires de Bordeaux ou de Saint-Maurice et les adaptations économiques et pratiques de Cluses ou de Fayl-Billot ». L’auteur précise que la section spéciale de l’École nationale d’horlogerie de Cluses est opérationnelle depuis le 18 septembre 1915. Elle dispose de 70 places pour l’apprentissage de l’horlogerie et de la petite mécanique. « À Cluses, on construit même des objets d’usage courant. Tel un support de lampe électrique pour l’atelier qui permet de hausser, de baisser, d’incliner la lumière dans tous les sens, grâce à un procédé fort habile », indique l’ouvrage d’A.L. Bittard. Les Allemands ont également leurs centres de rééducation. Le tout premier a vu le jour à Munich… en 1832.

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