Armées - Editoriaux - Histoire - Presse - Souvenir 14-18 - 12 août 2016

13 août 1916 : le brave caporal Goutaudier en permission

En une, dans sa rubrique « Échos », Le Journal du 13 août rapporte que « le brave caporal Goutaudier vient d’arriver dans sa famille goûter, auprès de son père et de sa mère, les joies d’une bonne permission et aussi celle d’un triomphe ».

Qui est donc ce caporal Goutadier, matricule 935, du 11e bataillon de chasseurs alpins (11e BCA), pour qu’il mérite ainsi les honneurs de la presse ? C’est l’un des premiers soldats, en dehors des sous-officiers et des officiers, à être décoré de la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Il l’a été par Raymond Poincaré, le président de la République en personne, « sur le front de la Somme », précise Le Journal. En effet, le 11e BCA est aussi l’ancien régiment dans lequel le chef de l’État a servi en qualité d’officier de réserve. C’était le 4 août 1916. Auparavant, accompagné de l’infortuné soldat Guillot qui y laissa la vie, le caporal Jean-Marie Goutaudier a fait, le 20 juillet 1916, devant le bois de Hem, une centaine de prisonniers. C’est qui lui a valu cette grande distinction. Sa citation en atteste : “Audace et mépris absolu du danger, jetant la terreur dans les tranchées et abris ennemis. A fait, avec un camarade, une centaine de prisonniers, dont deux officiers. Après les avoir conduits, est revenu prendre sa place.” C’est en rentrant de permission de Renaison (Loire), où il était cultivateur quand la guerre a éc.laté, qu’il confie son témoignage à un journaliste de L’Illustration (12 et 19 août 1916).

« Oh ! dit-il à notre confrère, ce que j’ai fait n’a rien d’extraordinaire. Une fois qu’on y est, vous savez, on y va de tout son cœur.

-Mais les cent prisonniers, comment ?…

-On avait des grenades plein la besace que je porte là ; alors, avec Guillot… ce pauvre Guillot qui a été tué du coup quand nous avons voulu « repiquer au truc »… On s’est avancé en rampant jusqu’à leur boyau et on leur en a flanqué tant qu’on a pu. Deux de leurs officiers se sont montrés en levant les bras ; on leur a fait signe de déboucler leur ceinture à cartouches et de partir à l’arrière ; ils ont obéi et tous les autres les ont imités. Nous, nous avions une grenade dans chaque main, et le premier qui aurait fait mine de « rebiffer » était sûr de son affaire… Voilà !… »

Cette distinction est très rare à cette époque pour les soldats. Mais un ordre du général Joseph Joffre en date du 26 juillet 1916, et publié par le Bulletin des armées de la République n° 205 du 2 août 1916, donne quelques précisions sur l’attribution de la Légion d’honneur aux hommes du rang : « La croix de chevalier de la Légion d’honneur doit être accordée, pour faits de guerre, de préférence aux hommes de troupe déjà médaillés militaires […] mais aucun texte ne s’oppose à ce que cette décoration soit accordée d’office pour une action d’éclat exceptionnelle […] » Le général Joffre précise que cette attribution « vise à exalter le moral de la troupe par une récompense extraordinaire ». Le caporal Jean-Marie Goutaudier a, en outre, deux marraines, Mme Gilles et Mme Carraro, qu’il croise pendant sa permission.

D’autres soldats du rang seront décorés de la Légion d’honneur quelques mois plus tard, par le président de la République, Raymond Poincaré, parmi lesquels : Albert Béraud, du régiment d’infanterie coloniale du Maroc ; Ulysse Lenain, du 401e régiment d’infanterie et Charles Collenot, du 12e bataillon de chasseurs à pied. À la fin de la guerre, Claude Goutaudier est devenu responsable d’un pénitencier en Algérie. Il est mort le 31 janvier 1949, des suites d’une malaria.

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