12 août 1916 : le général Cordonnier devient l’adjoint de Sarrail

Le Figaro du 12 août nous apprend que le général Émilien Cordonnier (1858-1936) rejoint Salonique pour commander directement les divisions françaises qui sont placées sous le haut commandement du général Maurice Sarrail (1856-1929), commandant en chef des armées alliées d’Orient.

Le général Cordonnier, fils d’ingénieur, intègre la promotion de Saint-Cyr baptisée « Novi-Bazar » (1877-1879). Il est promu capitaine en 1891 et sert notamment comme officier d’ordonnance à l’état-major de la 30e division d’infanterie.

Promu chef de bataillon et breveté de l’École de guerre, il commande un bataillon du 3e régiment des zouaves et un bataillon au 114e régiment d’infanterie de Saint-Maixent-l’École. Il occupe aussi le poste de chef d’état-major de la 20e division d’infanterie, est affecté au 165e régiment d’infanterie à Verdun. Promu général en 1913, il commande la 87e brigade d’infanterie, puis le 8e corps d’armée pendant la Première Guerre mondiale. C’est notamment à lui que l’on doit le Poilu’s Music Hall de Commercy, un lieu de repos et de divertissement pour les soldats fatigués et blessés afin de maintenir le moral des troupes. Car pour le général Cordonnier, « le moral du soldat, c’est sa bonne humeur ».

Le Figaro dit de lui que c’est « un homme d’action et de décision. Il a un ascendant puissant sur les troupes qu’il commande et dont il est particulièrement aimé. »

Reste que cette affectation va bientôt prendre une tournure polémique quand les deux hommes, Sarrail et Cordonnier, se désaccordent sur le rythme des opérations à mener. Le 6 octobre 1916, le général Sarrail estime que les opérations ne vont pas assez vite à son gré (« ce qui était aussi mon avis », insiste le maréchal Joffre dans ses Mémoires). Il intime l’ordre au général Cordonnier d’attaquer Monastir « quelle que fût la préparation… ou de se démettre de son commandement », écrit le maréchal Joffre.

Le 8 octobre, le général Sarrail charge finalement le général Jérôme de prendre la direction de l’attaque et demande « impérativement et immédiatement » le rappel du général Cordonnier. L’attaque qui se déroule le 14 octobre est « un échec complet » mais le général Sarrail demande de la reprendre le lendemain et le surlendemain. Le général Sarrail et le général Cordonnier, qui sont amis dans la vie, ont un échange vif en présence d’officiers étrangers.

La rupture semble être consommée. Avant que l’affaire ne prenne une tournure politique, le haut commandement militaire décide de relever le général Cordonnier qui est, par ailleurs, malade (cancer). Ce qui est fait le 20 octobre. Cet épisode marque le général Cordonnier, qui va jusqu’à écrire, en 1930, un ouvrage intitulé Ai-je trahi Sarrail ? dans lequel il explique les meurtrissures qu’il a subies mais également toute son amitié pour cet ami (Sarrail) qu’il admirait et qui sera remplacé par le général Guillaumat en décembre 1917.

La petite histoire ne dit pas si le général Cordonnier est parti en août 1916 avec les nouveaux thermomètres médicaux réclamés par les médecins militaires, comme le conte Le Figaro du 12 août. Car ceux d’avant n’étaient gradués qu’entre 35° et 43° et n’ont pas résisté au soleil de Salonique qui « produit des températures de 45° et davantage ».

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